La FNSEA « partage de nombreux points du diagnostic établi par la Commission, faisant de l’agriculture un enjeu géostratégique majeur », indique le syndicat dans son communiqué.

Cependant, « la lecture de ce texte, loin de donner une vision européenne sur l’avenir de la principale politique commune de l’Union, nous désoriente au bon vouloir des boussoles nationales, sans apporter de garantie sur son financement ».

« La révolution technocratique proposée concerne les modalités de mise en œuvre, et cache maladroitement une renationalisation majeure de la seule politique réellement intégrée de l’Union européenne, poursuit le syndicat majoritaire. Ce n’est pas le choix de la FNSEA, ce n’est pas le sens de l’histoire proeuropéenne que nous défendons. Une subsidiarité extrême telle que proposée par la Commission conduit inévitablement à des distorsions de concurrence si elle n’est pas maîtrisée, et risque de créer des discriminations entre les agriculteurs européens. »

« La touche finale à cette renationalisation serait le cofinancement des aides du premier pilier, que le document de la Commission n’exclut pas, avec l’objectif non avoué de réduire les dépenses au niveau européen consacrées à l’agriculture : la France ne peut pas accepter. Ce serait alors la fin de la seule politique vraiment intégrée de l’Union européenne », estime la FNSEA.

« Les risques de nationalisation sont nombreux »

Jeunes Agriculteurs (JA) affirme également partager « plusieurs des objectifs présentés (NDLR : par la Commission européenne), parmi lesquels assurer la résilience des exploitations, cibler les aides vers les « véritables agriculteurs » et la priorité donnée au renouvellement des générations de paysans ».

Cependant, « l’on ne peut que regretter la méthode : la Commission présente les modalités d’application avant de parler du fond, et se contente de lister les mesures avant de fixer l’ambition, déclare JA. Avant de discuter des plans nationaux, cofinancements du premier pilier, subsidiarité, parlons de la stratégie ! Dans cette période d’incertitude budgétaire, l’Union européenne doit prévoir un budget, et donc d’abord un projet à la hauteur des enjeux ! »

D’autant que « le signal envoyé est celui d’une volonté de nationaliser les politiques, dégageant la responsabilité sur les États membres, au détriment d’une véritable stratégie commune. Le souhait de moderniser la Pac (et visiblement de faire des économies !) ne doit pas remettre en cause le principe fondateur de la politique agricole commune ».

Pour JA, « les risques de nationalisation sont nombreux : distorsions de concurrence, baisse drastique des soutiens dans les États membres aux finances publiques déjà fragiles, et, au final, la disparition d’agriculteurs ».

« La mort programmée de la Pac »

Pour les associations spécialisées de grandes cultures de la FNSEA (AGPB, AGPM, Fop et CGB), il s’agit de « la mort programmée de la politique agricole commune ».

Elles « ne peuvent accepter cette véritable renationalisation de la Pac pour deux raisons principales. La première est qu’elle se traduira nécessairement par des distorsions de concurrence aggravées au sein de l’Europe. La seconde est qu’elle peut entraîner de réelles disparités entre les producteurs français en fonction des choix faits au niveau régional ou national ».

« C’est pourquoi les producteurs français de grandes cultures s’opposent fermement à cette vision destructrice des fondements de la Pac et de la construction européenne auxquels ils sont attachés. Ils appellent la Commission et la France à retrouver le chemin de la raison, du dialogue et de la responsabilité en se concertant avec la profession agricole pour tracer ensemble les nouveaux sillons d’un avenir commun ».