« Déjà plusieurs jours se sont écoulés depuis la levée des blocages et si me concernant la colère s’atténue, il n’en est pas de même dans les rangs de ceux qui se sont mobilisés jour et nuit, pendant trois jours. » Ainsi commence la lettre de Damien Greffin, président de la FDSEA de l’Île-de-France, adressée à la patronne de la FNSEA, Christiane Lambert, et son secrétaire général, Jérôme Despey.

Publiée dans l’hebdomadaire régional Horizons Île-de-France du 22 juin 2018, cette tribune revient sur la gestion des blocages de raffineries par les instances parisiennes du syndicat, du 10 au 13 juin dernier. « Le savoir-faire national en matière syndicale est perdu, regrette Damien Greffin. […] Nous n’avons pas réussi à montrer que nous pouvions faire peur. »

Manque de soutien et d’ambition

Il dénonce, dans ce bilan cinglant, « des manquements dramatiques à l’opérationnalité de cette action nationale » : « Le choix d’un relais syndical à l’échelon régional a mis en difficulté le lancement du mouvement dans les départements les moins convaincus et a déstabilisé l’organisation de ceux qui l’étaient le plus. Cette stratégie a fait supporter un effort trop important sur l’Île-de-France, devant, jusqu’à la dernière heure, lutter contre la stratégie nationale. »

Pour le syndicaliste, ses structures nationales n’ont « pas porté l’ambition qu’il aurait fallu ». Sur le site de La Mède notamment, symbole de l’opération : « Il n’a pas été envisagé de soutien actif pour répondre à un blocage de plusieurs jours, ce qui s’est traduit par une seule journée de blocage. »

Les consignes nationales ont été respectées à la lettre, contre l’avis du terrain, mais cela ne durera pas !Damien Greffin, président de la FDSEA de l’Île-de-France

« Gâchis »

Pire : la manière dont a été gérée la sortie de crise aurait laissé un véritable sentiment de déception ». Elle démontre, selon Damien Greffin, « amateurisme, précipitation et manque de confiance en soi ». « Quel gâchis d’avoir abouti à mobiliser le terrain à ce niveau-là et jeter l’éponge en plein rapport de force, poursuit-il. La démocratie au sein du réseau n’est pas réelle et la solidarité en a pris un coup. »

La lettre se conclut sur un ton menaçant : « Dans l’Île-de-France, les règles et les consignes nationales ont été respectées à la lettre, contre l’avis du terrain, mais cela ne durera pas et vous en porterez la responsabilité. »

À moins de six mois des élections aux chambres d’agriculture, la mise en garde fait tache. Et l’unité syndicale en prend un coup.

Alain Cardinaux