« Ce n’est pas un scoop, l’année 2016 a été particulièrement difficile, particulièrement éprouvante. » Au moment de présenter ses vœux à la presse ce 5 janvier 2017 à Paris, Xavier Beulin, le président de la FNSEA, n’a pas pu faire l’impasse sur le bilan catastrophique de l’année passée. Au marasme des marchés se sont ajoutées les crises climatiques (récoltes catastrophiques dans les deux tiers nord de la France) et sanitaires : FCO puis grippe aviaire.

« Insatisfait » par le plan de sortie de crise

Quant au plan de sortie de crise proposé aux exploitants, le président de la FNSEA s’est dit « insatisfait » de sa mise en œuvre mais ne renie pas les choix faits par son organisation. Dès cet été, au vu des récoltes catastrophiques qui s’annonçaient, le syndicat avait considéré qu’il ne pouvait « pas partir sur une demande d’aides directes vu le niveau des pertes ».

« Cela aurait été une goutte d’eau, a justifié Xavier Beulin. Le ministère de l’Agriculture a reconnu lui-même que l’on était au minimum à 5 milliards d’euros de pertes sur la ferme France. Nous avons donc fait le choix d’une reconsolidation, d’un refinancement des exploitations agricoles. » Toutefois, il constate aujourd’hui que le mécanisme de garantie demandée à l’État, qui devait transiter par la BPI, « ne fonctionne pas ou en tout cas très mal ».

« Trouver la bonne solution »

« C’est la raison qui m’a conduit hier à demander à nouveau au Premier ministre de prendre acte de ce dysfonctionnement et de revoir l’ensemble des acteurs pour qu’on puisse trouver la bonne solution. » Sentant l’insatisfaction grandir sur le terrain, le président a promis que son syndicat restait « très mobilisé ».

En 2017, la FNSEA donne rendez-vous pour trois grands événements :

  • Le salon de l’agriculture, lors duquel « il sera beaucoup question de bien-être animal, de véganisme… », a prévenu Xavier Beulin.
  • Le congrès électif de la FNSEA, à la fin de mars, où il sera réaffirmé l’importance de la construction européenne aujourd’hui inachevée. Malgré les critiques justifiées sur une dérive technocratique de l’UE, le président de la FNSEA a invité à ne pas se tromper de débat : on a besoin de « rassembler les énergies » au niveau européen. Quant à l’élection du nouveau bureau, l’actuel président annoncera sa position à la fin du mois de janvier.
  • L’élection présidentielle en mai. Au lendemain du congrès de la FNSEA, une rencontre organisée par le Conseil de l’agriculture française (1) réunira les candidats aux élections afin qu’ils puissent s’exprimer sur leur vision et leur projet pour l’agriculture.

L’agriculture, pratiquement absente des débats de la primaire de la droite et du centre, sera-t-elle au menu de la primaire de la gauche ? « Il est temps qu’on parle enfin d’agriculture, et pas seulement sous un angle compassionnel », espère Xavier Beulin.

Treize propositions pour l’Élysée

La FNSEA a déjà listé treize propositions à destination des candidats. L’une des mesures phares, qui reprend un vieux cheval de bataille, consiste à définir le statut de l’agriculteur. « Non pas pour sanctuariser les gros » mais pour « professionnaliser l’agriculture », et même protéger « les plus vulnérables, lorsque malheureusement on va jusqu’au dépôt de bilan, pour éviter la liquidation totale, y compris des biens personnels ».

Une deuxième proposition phare concerne les relations commerciales et la répartition de la valeur ajoutée dans les filières. « Ni complètement libérale, ni – encore moins – complètement dirigiste », c’est une « troisième voie » que prône Xavier Beulin, et qu’il espère voir emprunter par le prochain gouvernement. Un gouvernement qui ne définira certainement pas la politique agricole en cogestion avec la FNSEA, puisqu’« il y a bien longtemps qu’on n’est plus dans de la cogestion », a-t-il affirmé !

Bérengère Lafeuille

(1) FNSEA, JA, APCA, Coop de France, banques mutuelles et assurances agricoles.