La récolte de blé catastrophique de 2016 en France a réduit de 50 % nos exportations vers les pays tiers. Les participants à la matinée d’information organisée par France Export Céréales ce mercredi 22 mars à Paris ont expliqué comment nos clients traditionnels se sont tournés cette année vers de nouvelles destinations.

De nouvelles origines

« Une brèche énorme s’est ouverte » sur nos destinations traditionnelles, a souligné Yann Lebeau, du bureau de Casablanca de France Export Céréales. Les volumes manquants chez nos clients habituels comme le Maroc, l’Algérie, ou encore l’Égypte, ont été remplacés par des blés de nouvelles origines.

« La mer Noire est la grande gagnante de l’absence de la France à l’exportation », a poursuivi Yann Lebeau. Notamment la Russie qui a gagné en 2016-2017 d’énormes parts de marché en Égypte (73 % des achats du GASC), au Maroc (28 %), et en Afrique subsaharienne (26 %).

En Algérie, c’est l’Allemagne qui a profité du recul du blé français à l’exportation. Alors que nos voisins germaniques ne représentaient que 2 % des origines de blé importé par l’Algérie en 2015-2016, l’Allemagne en représente cette année plus de 12 %.

L’Algérie se détourne de la France

« La position française est en recul constant en Algérie », s’inquiète Roland Guiragossian du bureau du Caire. Ce pays est la première destination du blé français vers les pays tiers. La France représentait encore 90 % des importations algériennes de blé en 2014-2015. Cette année, elle atteint difficilement les 40 %. « Aujourd’hui, nos clients privilégiés prennent l’habitude de diversifier leurs origines », poursuit l’expert.

Finalement, les intervenants estiment que nos concurrents ont su combler les volumes français manquants. Les importateurs étaient « satisfaits du rapport qualité/prix ». Quant aux meuniers, ils ont certes dû s’adapter aux différentes difficultés logistiques des origines de la zone de la mer Noire, mais sont dans l’ensemble « plutôt satisfaits » également.

« Il n’y a plus d’appréhension vis-à-vis de l’origine russe », alarme Yann Lebeau. Il a rapporté le témoignage d’un meunier au Sénégal : « Cette année nous a permis de mieux connaître les blés russes, ils sont rentrés dans nos mélanges et je pense qu’ils n’en ressortiront pas de sitôt. »

« Être au bon prix »

Face à ces constats, les correspondants de France Export Céréales affirment qu’il est essentiel d’être présent dès le début de la campagne. « Si nous attendons le mois de janvier, nous aurons tout perdu, expliquent-ils. Nous devons également être au bon prix, et avoir des protéines supérieures ou égales à 11,5 %. »

« Il fut un temps où la France pesait sur les marchés mondiaux, se rappelle Jean Pierre Langlois-Berthelot, président de France Export Céréales. Aujourd’hui, le prix du blé français se cale sur celui de la mer Noire ». L’absence de hausse des prix mondiaux suite à la récolte catastrophique française montre l’influence déclinante de la France sur les échanges mondiaux de blé. La filière française doit « remonter les standards qualitatifs », « améliorer la compétitivité des exploitations et l’infrastructure logistique », a conclu Jean-François Lépy du groupe Soufflet.

C.L.J.