« Ma laiterie fabrique des produits AOC et me demande de la haute qualité pendant que les étourneaux consomment les grains de maïs et déposent leurs excréments dans l'auge ! Je suis obligé de distribuer l'ensilage de maïs le soir pour éviter les butyriques. Il y a un vrai problème de gestion des populations », explique Rémi Bezard. Son exploitation laitière se situe près de la tourbière de Gorges, l'un des deux dortoirs d'étourneaux du Cotentin.

Chaque année, d'octobre à mars, ces oiseaux migrateurs attaquent les silos de maïs, les jeunes semis de céréales et n'hésitent pas à picorer sous le nez des vaches. La FDSEA de la Manche estime les pertes agricoles entre 2 et 5 millions d'euros. Pourtant, un arrêté ministériel du 2 août 2012 a enlevé l'étourneau sansonnet de la liste des espèces nuisibles dans la Manche. Il est désormais classé comme gibier.

« C'est incompréhensible, s'insurge Jean-Michel Hamel, le secrétaire général adjoint de la FDSEA. Nous voulons que le ministère de l'Ecologie revienne sur cette décision. ». Les excréments sont également susceptibles de poser des problèmes sanitaires. « On estime que 800 kg de fientes sont déposées chaque jour sur cette zone humide qui sert à l'approvisionnement en eau du département », ajoute Jean-Michel Hamel.

Plusieurs méthodes d'effarouchement ont été testées, mais elles permettent surtout d'envoyer les oiseaux chez le voisin. Rémi Bezard, qui est aussi chasseur, a choisi de prendre son fusil pour les éloigner : « J'utilise en moyenne cinq cents cartouches par an. »

En novembre 2012, la FDSEA a fait appel à la fédération départementale des chasseurs pour tester une autre méthode. Pendant trois jours, deux chasseurs placés dans chaque exploitation de Gorges ont tiré sur les étourneaux durant deux heures le matin et une heure le soir. L'opération a été renouvelée les 2 et 3 janvier 2013 sur sept communes du canton des Pieux. Les exploitants ont accepté de payer 20 euros pour financer l'achat des cartouches.

Deux mille oiseaux ont été tués et les colonies se sont éloignées durant quelques jours mais n'ont pas disparu. « Pourquoi ne pas établir un partenariat avec les agriculteurs et proposer aux sociétés de chasse de venir une fois par mois tirer les étourneaux dans les exploitations », suggère Myriam Besson, la directrice de la fédération des chasseurs.

La Manche compte deux dortoirs importants d'étourneaux : la tourbière de Gorges dans le centre du département avec près de 400.000 oiseaux et la mare de Vauville, dans le Nord, avec 150.000 oiseaux. Ceux-ci viennent de l'Europe du Nord et de l'Est où ils sont appréciés pour leur consommation de larves d'insectes. Selon l'Inra, deux voies de migration sont utilisées : une le long de la façade de la Manche puis de l'Atlantique vers l'Espagne, une autre empruntant le couloir rhodanien vers l'Italie ou vers l'Espagne.

J.-C.B.