« Rendre les prix plus rémunérateurs pour les agriculteurs ». Tel est le thème de l’atelier 5 des États-généraux de l’alimentation. Il ne s’agit donc pas simplement « d’augmenter les prix agricoles », rappelle olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution (1), dans une tribune publiée le 12 septembre. Il y a là, selon ses termes, « une nuance que quelques autoproclamés défenseurs du monde agricole n’ont toujours pas intégrée alors que leur responsabilité devrait plutôt les conduire à “éclairer les masses” qu’à servir une soupe corporatiste, teintée d’obscurantisme ».

Baisser les coûts

Dans ce texte au ton mordant, Olivier Dauvers reprend les conclusions du think-tank agroalimentaire du journal Les Échos qu’il dirige, mettant en cause « la faible compétitivité de la Ferme France ». « C’est d’une banale honnêteté intellectuelle, mais baisser les coûts est, par principe, une manière de rendre un prix plus rémunérateur (à la condition, évidente, que l’organisation de la mise en marché soit telle qu’elle permette de conserver le gain obtenu), explique-t-il. N’en déplaise à beaucoup, les coûts de la Ferme France sont décalés ». Et de pointer « l’hétérogénéité des performances » et les conséquences des « distorsions de coûts de production entre pays d’Europe »…

Pour soutenir les prix, pas d’autre voie que de modifier les attendus de marché : l’offre ou la demande.

Olivier Dauvers met par ailleurs en garde contre la tentation de « prix politiques » : « un prix d’achat ne se décrète pas, c’est une conséquence de marché, affirme-t-il. Lorsque le prix est politique (par exemple le “1,40 €” pour le porc), il ne peut durer. D’ailleurs, la (petite) histoire retient que c’est une organisation d’éleveurs (la coopérative Cooperl) qui, la première, avait dénoncé un prix sans fondement économique. Et que les derniers à soutenir ce prix (notamment pour des raisons d’image), ont été des distributeurs, engagés dans la filière via leurs abattoirs, Leclerc et Intermarché. » 

Dans ce contexte, pas d’autre voie selon lui que de « modifier les attendus de marché » pour soutenir les prix. « Oui, les prix d’achat doivent progresser. Mais parce que la valeur de l’offre progresse ! »

Déjà énoncées lors du lancement de l’atelier 5 des États généraux, le 29 août 2017, ces positions ont suscité quelques polémiques dans le monde agricole, la Coordination rurale regrettant notamment que les réflexions portent davantage sur le travail des producteurs, déjà bien éprouvés, que sur les marges de la grande distribution… Réponse d’Olivier Dauvers : « premier débouché de l’agriculture française, la distribution a, de fait, une responsabilité majeure. L’évidence conduit juste à rappeler qu’elle n’est pas seule ». 

(1) Olivier Dauvers anime le site « Grande conso ».

Alain Cardinaux