Ce devait être une « grand-messe » présidentielle : Emmanuel Macron avait annoncé qu’il ouvrirait lui-même les États-généraux de l’alimentation, ce jeudi 20 juillet, concrétisant ainsi l’une des promesses présidentielles les plus attendues par le monde agricole. Mais non. C’est finalement au Premier ministre, Édouard Philippe, qu’est revenu la tâche de lancer ces travaux, le président de la République ayant annulé quelques jours auparavant – mais sans prévenir – sa participation à l’événement, sans plus d’explications.

Rendez-vous à la fin de septembre

Autres désistements remarqués : ceux de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et hôte de l’événement, à Bercy, et d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, censée introduire les questions nutritionnelles. A se demander si le gouvernement n’aurait pas revu ses ambitions à la baisse…

« Bien sûr que non ! », a tenté de rassurer Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, aux commandes de ces assises. Et d’annoncer qu’Emmanuel Macron s’exprimera à mi-parcours des débats, après l’été. Preuve d’un intérêt affirmé pour le sujet.

Il reste que ces absences notables, à une journée prévue en grande pompe, en auront déçu plus d’un parmi les 500 participants, représentants de la filière agroalimentaire et des associations environnementales ou de consommateurs.

Et Stéphane Travert a dû redoubler d’efforts pour afficher l’« optimisme lucide » réclamé par le chef du gouvernement. Notamment dans la présentation du mot d’ordre général : « Il nous faut partager les diagnostics, échanger, confronter nos points de vue pour parvenir à construire ensemble les solutions qui garantiront sa place à l’agriculture française, à l’agroalimentaire et à la pêche française au cœur d’une mutation majeure, celle de la transition écologique et durable de nos modèles, de tous nos modèles », a-t-il martelé.

« Tout le monde est invité à prendre sa part »

Pour ce faire, 14 ateliers thématiques seront organisés dans les prochains mois, pour une restitution des travaux en décembre 2017. Les 7 consacrés au chantier de la répartition de valeur dans la chaîne agroalimentaire se mettront en place à la fin d’août. Le ministre de l’Agriculture a réitéré l’engagement de « premières préconisations » à la fin de septembre, avant les traditionnelles négociations commerciales, promettant « du concret ».

Malgré ce calendrier serré et une organisation encore floue (présidence des ateliers, équilibre des prises de position, nomination des rapporteurs…), « tout le monde est invité à prendre sa part », insiste le ministre. Il précise : « Les membres des ateliers seront appelés à trouver des voies de progrès acceptables par tous. Chaque atelier remettra un rapport récapitulant ses éléments de constat et des propositions d’actions à court, moyen et long terme impliquant les différentes parties prenantes. »

Postures

La tâche ne sera pas aisée. Dès le lancement, les divergences d’intérêts ont pointé dans l’assemblée, l’UFC-Que choisir regrettant, par exemple, la place trop grande accordée à l’agriculture et à l’industrie agroalimentaire, par rapport à l’alimentation… ou Greenpeace, dénonçant le manque de transversalité entre les sujets agricoles, alimentaires et environnementaux.

Du côté des industriels et des distributeurs, chacun se renvoie la balle dans un ping-pong bien rôdé, pour dénoncer la guerre des prix ou le manque de transparence. L’heure est encore aux postures. Seront-elles dépassées lors des ateliers ?

Face à eux et aux autres représentants de la société, Christiane Lambert (FNSEA), Bernard Lannes (Coordination rurale) et Laurent Pinatel (Confédération paysanne) sont intervenues à tour de rôle pour rappeler l’importance de la crise que traverse le secteur agricole et l’urgence d’action concrète à l’issue de ces quelques mois de travail. « Derrière les aliments, il y a aussi des hommes et des femmes », a encore insisté Jérémy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs. Tous affichent un volontarisme non feint et un « optimiste pas béat », selon la formule de Claude Cochonneau, président des chambres d’agriculture, qui prévient : « En paysans pragmatiques, nous jugerons sur pièce ! »

Alain Cardinaux