« Je suis lucide : la bataille sera compliquée, mais je passe plus de temps à chercher des solutions qu’à avoir peur. Les agriculteurs ont beaucoup d’attentes : alors on va y aller avec la niaque ! » Jeudi matin, à une semaine du lancement des États-généraux de l’alimentation, la présidente de la FNSEA affirmait que ses équipes étaient prêtes.

Création et partage de la valeur

Le chantier numéro un, sur la création et le partage de la valeur dans la chaîne alimentaire, suscite beaucoup d’espoirs dans un contexte où « les prix bas sont érigés en dogme ». Même si les discussions sur ces sujets ont souvent échoué en interprofession, Christiane Lambert estime qu’un élan peut se créer. « Le constat sur la guerre des prix n’a jamais été aussi consensuel qu’aujourd’hui, où même les distributeurs commencent à se rendre compte qu’ils sont en train de se saborder », souligne-t-elle.

La FNSEA espère non pas changer toute la LME (ce qui serait trop long), mais réaliser quelques « frappes chirurgicales » pour en corriger certains points. Objectif : que les modifications sont applicables dès les prochaines négociations commerciales. Sont notamment visés l’encadrement des promotions et l’interprétation de l’interdiction de revente à perte. « En poussant la politique de prix bas à l’extrême, la création de valeur est perdue pour tout le monde », justifie la présidente de la FNSEA.

« Nous devons travailler sur la segmentation des produits »

« Nous voulons aussi que les sanctions prévues soient réellement appliquées pour ceux qui ne respectent pas la loi Sapin 2. » Enfin, le syndicat souhaite voir renforcer les compétences des interprofessions et desserrer l’étau du droit de la concurrence pour permettre une meilleure organisation de la production, un chantier qui se joue aussi au niveau européen, notamment dans le cadre du règlement omnibus qui doit être adopté à l’automne.

Mais « la loi ne réglera pas tout », prévient Christiane Lambert. « Nous devons travailler sur la segmentation des produits, notamment en porc où la production est très peu différenciée alors qu’il y a des appels du pied pour du bio. »

« Nous n’allons plus nous contenter de faire, nous allons parler de ce qui a été fait »

Le chantier numéro deux, axé sur la durabilité, mobilisera également la FNSEA. « Nous n’allons plus nous contenter de faire, nous allons parler de ce qui a été fait, soutient Christiane Lambert, citant Ecophyto, Ecoantibio, et « énormément de réalisations sur la biodiversité et le climat ». Même s’il y a « encore du travail à faire », reconnaît-elle.

Le calendrier des ateliers et le nom de leurs présidents ne sont pas encore connus. On sait déjà qu’ils réuniront chacun une trentaine de personnes venues d’horizons divers : syndicats agricoles, interprofessions, industriels, administrations, collectivités territoriales, monde de la recherche, grande distribution, logistique, associations de consommateurs ou environnementales. Les ateliers débuteront à la fin d’août et la fin du premier chantier est attendue avant la mi-octobre.

Bérengère Lafeuille