L’agriculture française présente des résultats insatisfaisants malgré les importantes aides publiques dont elle bénéficie et la préservation du capital naturel doit devenir un axe central de la politique agricole, estiment des experts du Conseil d’analyse économique (CAE), qui conseille le Premier ministre, dans une note publiée jeudi 17 décembre 2015 : « L’agriculture française à l‘heure des choix ».

« Pour une agriculture très largement subventionnée, c’est quand même un résultat paradoxal d’avoir cet effet négatif sur le capital naturel », a déclaré à l’AFP l’économiste Sébastien Jean, coauteur de cette note avec ses homologues Jean-Christophe Bureau et Lionel Fontagné. La note du CAE dénonce en effet des politiques publiques agricoles qui génèrent des dépenses élevées « n’atteignant ni les objectifs de compétitivité, ni ceux d’assurer un revenu décent pour l’ensemble des agriculteurs, ni ceux de préservation de l’environnement ».

« Valoriser le service environnemental »

« Il faut faire de la préservation du capital naturel un acte central et plus seulement une condition » au versement des aides aux agriculteurs et « évoluer vers un système où on valorise le service environnemental comme ayant une valeur sociale importante », a ajouté M. Jean. « Votre activité produit un service environnemental et si vous êtes capable de montrer que vous le produisez, nous vous rémunérerons pour ça », a-t-il expliqué.

Pour l’économiste, ce système paraît préférable au système assuranciel que réclament certains professionnels agricoles, qui « est très onéreux pour les finances publiques ». Face aux fluctuations de court terme il vaut mieux accompagner les agriculteurs « par des processus de lissage fiscal ou de report » d’emprunts et de charges sociales, a-t-il précisé.

Des grandes marques plutôt que des AOC

Concernant l’exportation, la stratégie consistant à associer qualité et origine géographique, par exemple avec les appellations d’origine contrôlée (AOC), « est difficile à lire pour les étrangers, surtout quand on est sur des marchés distants où ce que les consommateurs valorisent le plus, c’est la qualité sanitaire », selon M. Jean. « C’est essentiellement une stratégie de niche pour le très haut de gamme, mais ça ne remplace pas une stratégie pour la masse de l’agriculture, sur un milieu de gamme, qui passe par le développement de grandes marques ou de labels plus large », explique M. Jean.

La note du CAE recommande également de mettre l’accent sur la recherche ainsi que sur la formation des agriculteurs.

AFP