De l’Espagne au Brésil, l’hypothèse d’une faillite du fleuron des énergies renouvelables Abengoa inquiète car elle menace des milliers d’emplois et des dizaines de projets à travers le monde et pourrait porter un coup aux banques espagnoles.

« Ils se sont beaucoup endettés (..) le montant total du passif pourrait dépasser les 25 milliards », a souligné, vendredi 4 décembre, le ministre espagnol de l’Industrie, Jose Manuel Soria. Critiquant la gestion « malheureuse » du groupe, il a aussitôt ajouté : « Nous n’en sommes plus à l’époque où, quand une entreprise était en difficulté, le gouvernement accourait. Personne n’envisage que le gouvernement injecte des liquidités supplémentaires ».

Groupe familial fondé il y a 70 ans en Andalousie (sud), Abengoa était devenu un fleuron de l’industrie espagnole. La multinationale, en pointe dans les secteurs de l’énergie solaire, éolienne, mais aussi dans les biocombustibles, le traitement et la dessalinisation de l’eau, emploie 28 700 personnes dont près de 7 000 dans le pays.

Audit en cours

Le groupe s’est déclaré le 25 novembre en défaut de paiement. Depuis, créanciers, syndicats et gouvernement tentent d’y voir plus clair. Le cabinet de conseil et d’audit KPMG a été mandaté par un groupement de sept banques les espagnoles Banco Santander, Bankia, Banco Popular, CaixaBank et Banco Sabadell, la britannique HSBC et la française Crédit Agricole- pour passer au peigne fin les comptes d’Abengoa et de ses centaines de filiales, selon Bloomberg.

En situation de « pré-dépôt de bilan », Abengoa dispose de quatre mois pour parvenir à un accord avec ses créanciers. « Ce sera un processus très complexe et très long », avertit José Carlos Diez, chef économiste du cabinet de conseil Intermoney.

Abengoa fait état d’une dette brute qui s’élevait à fin septembre à près de 9 milliards d’euros. Les banques espagnoles détiennent environ 40 % de la dette bancaire d’Abengoa et « elles commenceront à passer des provisions » en 2015, mais aussi en 2016 pour couvrir d’éventuelles pertes, ce qui pèsera sur leurs résultats, fait valoir l’agence de notation Standard & Poor’s.

Onde de choc

Les syndicats sont aussi dans l’expectative, faute d’avoir pu rencontrer la direction. « Nous attendons le rapport » de KPMG, a indiqué à l’AFP Francisco Carbonero, secrétaire général de CCOO en Andalousie, région regroupant environ 4 000 salariés sans compter les sous-traitants. « Ils n’ont pas présenté de plan social pour l’instant car il y a une part importante de contrats précaires » non renouvelés depuis quelques semaines, assure le syndicaliste.

L’onde de choc d’une faillite dépasserait largement les frontières de l’Espagne. Le groupe emploie plus de 20 000 personnes à l’étranger où il réalise près de 87 % de son chiffre d’affaires. Il compte actuellement plus de 70 projets dans une vingtaine de pays et son premier marché est les États-Unis, devant le Brésil et le reste de l’Amérique latine.