Les faibles retours sur investissements observés dans la production d'énergies renouvelables sur les exploitations font fréquemment reculer les agriculteurs dans leurs projets, selon un rapport publié mardi (1) et dirigé par une équipe de recherche de l'Université de Wageningen (2) aux Pays-Bas.

Seule l'Allemagne ferait exception, relève ce rapport financé par la direction générale de l'agriculture de la Commission européenne, et qui s'attache à montrer les conséquences de la production d'énergies renouvelables sur les exploitations agricoles (éolien, photovoltaïque, solaire thermique, énergie hydraulique et géothermique, biomasse).

L'étude menée auprès de 800 agriculteurs instalés dans huit régions européennes en Allemagne, Pologne, Espagne et Autriche (3), s'intéresse au rôle « (potentiel) que peut jouer la production d'énergies renouvelables sur les exploitations agricoles de l'UE à 27, à la fois dans la réalisation des objectifs environnementaux nationaux et européens, et dans la (re)vitalisation de l'agriculture et de l'économie rurale dans les différentes régions de l'Union ».

Parmi les agriculteurs qui déclarent avoir investi dans les énergies renouvelables, soit plus de 350 sur les 800 sondés, « l'une des principales raisons qui poussent les agriculteurs à investir dans les énergies renouvelables – respectueuses de l'environnement –, c'est qu'elles représentent une source de revenu supplémentaire et stable, souvent avec une garantie plus longue », tout en s'affranchissant des « nouvelles hausses des prix de l'énergie » conventionnelle, souligne le rapport.

Selon ses auteurs, le principal impact de la production d'énergie renouvelables est sa contribution au revenu agricole.

Dans certaines régions, et en fonction du mix énergétique choisi, elles peuvent générer des emplois au sein des exploitations agricoles. Les embauches constatées « pour la plupart sont liées au biogaz et à la biomasse solide », ajoute le rapport.

D'après les scientifiques hollandais, le photovoltaïque, le solaire thermique et l'énergie éolienne ne génèrent pas plus d'emplois agricoles. En revanche, ces ENR produites sur les exploitations « peuvent avoir un impact sur le développement régional via les effets indirects de l'amélioration et de la stabilisation des revenus agricoles ». Elles jouent également sur le développement des infrastructures techniques au niveau des régions de l'UE.

Le rapport alerte par ailleurs sur le risque que fait peser dans certaines régions la production de biogaz, reposant sur des cultures énergétiques spécifiques : stimulée par des tarifs de rachat élevés de l'énergie produite, elle y exercerait une pression accrue sur la conversion des prairies permanentes vers ce type de cultures. Ces pratiques sont cependant « peu à peu découragées par des politiques de l'UE », précise le rapport.

Les auteurs dénoncent également l'action perverse d'investisseurs privés non-agricoles, notamment dans des projets éoliens d'envergure, générant peu ou prou de retombées économiques pour le secteur agricole et l'économie rurale locale.

Le rapport avance que le niveaux de compétitivité des ENR en matière de prix, « y compris le biogaz et ses cultures spécifiques » selon les régions européennes et le type d'exploitation agricole accuserait des variations importantes en 2020.

Quoi qu'il en soit, les auteurs estiment que la coopération entrepreneuriale pour la production d'énergies renouvelables sur les exploitations devra passer un palier supplémentaire comparé à sa situation actuelle, particulièrement dans les projets de biométhanisation à grande échelle et dans les fermes éoliennes.

_____(1) Téléchargez le rapport (pdf en anglais).

(2) http://www.alterra.wur.nl/UK/about/.

(3) La sélection des régions s'est opérée selon les critères suivant, par ordre d'importance décroissante : le dynamisme du développement des énergies renouvelables à la ferme, la distribution à l'échelle de l'Union européenne, des conditions climatiques et écologiques représentatives des différentes zones écologiques de l'UE, les activités agricoles et les types de cultures dominantes, les types d'exploitations, les types d'énergies renouvelables utilisées, la disponibilité des différentes données liées au fonctionnement des exploitations ou encore les différences d'équipements en infrastructures liées à l'énergie. Pour chacun des huit pays retenus, une région dynamique et une région de croissance plus lente en ce qui concerne le développement des énergies renouvelables (ou à faible potentiel sur le court terme) ont été sélectionnées, respectant la diversité des types d'exploitations agricoles et de leurs activités, la diversité des différentes zones écologiques ainsi que la diversité des énergies renouvelables utilisées dans les États membres.

B.V.