(Mis à jour le 19 mars 2012)

« Nous sommes, producteurs d'endives, désabusés, voire révoltés à l'annonce de la décision de l'Autorité de la concurrence ! », s'insurge la Fédération nationale des producteurs d'endives. L'Autorité de la concurrence a en effet condamné les endiviers pour entente sur les prix à une amende de près de quatre millions d'euros. JA dénonce une sanction « délirante » et « décourageante ». Légumes de France, rejoint par la FNPF et le Gefel, redoute également qu'elle ne « fragilise encore un peu plus les efforts d'organisation des producteurs de fruits et de légumes ». La coopération (Coop de France et Felcoop) dénonce une « décision disproportionnée ».

« Nous sommes, producteurs d'endives, désabusés, voire révoltés à l'annonce de la décision de l'Autorité de la concurrence ! », s'insurge la Fédération nationale des producteurs d'endives (FNPE).

L'Autorité de la concurrence a en effet condamné les endiviers pour entente sur les prix à une amende de près de quatre millions d'euros.

Si les endiviers sont en colère, c'est aussi parce que leur nombre a presque été divisé par dix, que les baisses des volumes mis sur le marché ont atteint 30 % en douze ans et que, « dans le même temps, le prix payé au producteur a stagné et les charges ont explosé ».

Les producteurs sont aussi choqués de s'entendre dire qu'ils ont « agi avec l'intention de nuire au consommateur, ce qui est grave et mensonger ! »

« L'Observatoire des marges, outil développé par le ministère de l'Agriculture, met en évidence une moyenne des marges brutes au détail en grandes et moyennes surfaces sur l'endive, pour la période 2000-2010, de 1,24 €/kg ! Ce chiffre correspond à la différence entre le prix payé par le consommateur, qui est en moyenne de 2,20 €, et le prix à l'expédition de 0,96 € (dont il faudra encore retrancher les coûts de transport à la charge du producteur pour obtenir le prix qui lui est effectivement payé). Et cette différence de 1,24 € sur chaque kilogramme sert, comme il est précisé par l'Observatoire, à “couvrir les pertes dans la distribution, contribuer à la couverture des charges de l'ensemble centrale-magasin (logistique, personnel...) et à la formation du profit”. Belle valorisation pour une rémunération au producteur quasi nulle en passant encore sous silence la rémunération du capital investi ! », explique la FNPE.

Face à ces difficultés, les producteurs rappellent que « les pouvoirs publics nous ont dit et redit de nous organiser. Mais nous en donne-t-on seulement les moyens ? Nous voulons seulement vivre de notre métier, installer de jeunes producteurs, maintenir les milliers d'emplois locaux que nous générons et répondre aux attentes du consommateur ! »

De son côté, Jeunes Agriculteurs (JA) dénonce une « décision on ne peut plus choquante et délirante ! Régulièrement, les pouvoirs publics fustigent les filières des fruits et légumes pour leur manque d'organisation. L'Union européenne, quant à elle, par la définition même du mécanisme des programmes opérationnels destinés uniquement aux producteurs organisés, incite l'organisation de la production et des producteurs. Pourtant, cette condamnation ne va pas favoriser le regroupement de l'offre. Le gouvernement nous donne-t-il vraiment les moyens de nous organiser ? Ce double discours devient intolérable ».

« Chaque jour, nous nous battons, et nous continuerons à militer en faveur des projets qui apportent plus de visibilité économique et qui dynamisent l'installation. Nous continuons à penser que l'organisation économique est un moyen incontournable pour vivre de notre métier, de nos produits, installer nos jeunes durablement et continuer à être créateur d'emplois. Mais le signal que nous envoient aujourd'hui les pouvoirs publics est décourageant », fait valoir JA dans un communiqué du 7  mars 2012.

« Au-delà des seuls producteurs d'endives, cette décision vient fragiliser encore un peu plus les efforts d'organisation des producteurs de fruits et de légumes, dans un contexte de concurrence exacerbée et de déséquilibre croissant des relations commerciales entre amont et aval », font valoir les producteurs de légumes (Légumes de France), de fruits (FNPF) et le Gefel (Association de gouvernance des fruits et légumes) dans un communiqué commun du 8 mars 2012.

« Cette décision vient surtout sanctionner l'absence de cohérence des pouvoirs publics qui, au-delà des appels incantatoires à l'organisation des producteurs, n'ont jamais voulu préciser ce qu'il était possible de faire dans le cadre du droit de la concurrence pour organiser les marchés. [...] A ne rien décider, les pouvoirs publics français et européens font le choix de renoncer aux objectifs de la Pac et d'abandonner les producteurs à leur sort. »

Pour Coop de France et Felcoop, « cette sanction disproportionnée pénalise en premier lieu les entreprises coopératives, seules à soutenir les efforts de structuration de la filière entrepris depuis de nombreuses années, au-delà des discours des pouvoirs publics », souligne un communiqué du 12 mars.

« La coopération agricole défend depuis toujours une organisation économique des producteurs forte dont les fondamentaux reposent sur le transfert de propriété au sein des organisations de producteurs. Comment peut-on aujourd'hui concilier droit de la concurrence et regroupement de l'offre dans un contexte économique caractérisé par un déséquilibre des forces au détriment des producteurs et de leurs coopératives ? »

« Les produits agricoles, qui relèvent du monde du vivant et sont destinés à notre alimentation, se caractérisent par une extrême volatilité des prix, plus particulièrement pour les fruits et légumes frais. La Pac reconnaît les spécificités du secteur agricole, mais insuffisamment. Quand les prendra-t-on enfin en compte ? »

Coop de France et Felcoop « demandent aux pouvoirs publics de clarifier leurs positions au regard de l'ensemble de ces problématiques afin que les coopératives puissent poursuivre leurs objectifs : créer de la valeur ajoutée pour conforter les producteurs, associés coopérateurs, et pérenniser les productions agricoles françaises en offrant aux consommateurs des produits de qualité. »

Dans un communiqué du 14 mars, « la FNSEA exprime tout son soutien aux producteurs d'endives qui manifestent leur désarroi et leur colère après la condamnation de l'Autorité de la concurrence. Car il y a le fond, la forme et... l'amende ! »

« La forme est vécue par les acteurs de la filière comme une véritable humiliation : laisser croire que les producteurs et leurs organisations seraient coupables de pratiques « graves, illicites, ayant l'intention de nuire à l'intérêt du consommateur » et qu'ils auraient « infligé des représailles aux récalcitrants » revient à les assimiler à un cartel quasi mafieux ; ce n'est ni digne, ni acceptable ! »

« Le montant de l'amende reste complètement disproportionné et fait peser une lourde hypothèque sur la pérennité de certaines entreprises dont l'Autorité de la concurrence souligne elle-même la vulnérabilité. »

« Reste le fond : la nécessaire organisation de la production agricole face à une distribution hyper concentrée : 500 000 exploitations agricoles, 10 000 entreprises agroalimentaires et 5 centrales d'achat ! (..) La FNSEA n'a de cesse de plaider pour un renforcement de l'organisation des producteurs et des filières, seule solution d'avenir face au désengagement des pouvoirs publics (..) Et l'obstacle qui se dresse toujours devant nos efforts, à Paris comme à Bruxelles, c'est le droit de la concurrence ».  

« La FNSEA demande au gouvernement de prendre ses responsabilités et de clarifier ses positions. Les plus beaux discours sur l'agriculture ne valent rien et ne se traduiront par rien si, dans le même temps, ceux qui les prononcent laissent - comme Ponce Pilate - le droit de la concurrence dicter sa loi ultime ! », conclut le communiqué.

« Le Modef est totalement solidaire des actions menées par les producteurs d'endives pour se défendre », indique le syndicat dans un communiqué du 14 mars.

« En condamnant l'organisation des producteurs d'endives pour entente illicite portant atteinte à la concurrence et à la liberté des prix, l'Autorité de la concurrence met à mal toute une filière ».

« Si le Modef soutient sans ambiguïté les producteurs d'endives, il tient à redire que lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, le Modef avait appelé à voter NON en dénonçant le principe de la concurrence libre et non faussée inscrit dans ce traité (..). »

« Pour une démocratie libre et non faussée, sachons remettre en cause ce traité et ses principes qui empêchent toute forme de régulation des prix et de la production agricole ».

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F.M.