« Je sais bien qu’il ne faut pas tenter le diable » : parce qu’il n’aimerait pas voir sa ferme « visitée » par des militants antispécistes ou des voleurs de matériel, Didier Gilbert, éleveur de vaches et de volailles, a accepté la main tendue des gendarmes venus lui expliquer comment se protéger.

En cet après-midi de décembre, à Corps-Nuds, à une vingtaine de kilomètres au sud de Rennes, Didier Gilbert a donc rendez-vous avec un gendarme. Avec un collègue, l’adjudant Benoît Croguennec, référent en sûreté à la gendarmerie, vient visiter l’exploitation de Didier Gilbert. Objectif : établir un diagnostic et une liste de préconisations pour protéger l’exploitation et dissuader les intrusions.

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Enlever les clés

L’adjudant Croguennec sait bien que les habitudes ont la vie dure chez les agriculteurs. Et Didier Gilbert ne fait pas exception. Sur une porte en fer donnant sur la route qui coupe en deux la ferme, on peut lire « Élevage agréé », et aussi… un jeu de clés laissé dans la serrure, bercé par le vent. Didier Gilbert n’y voit aucun souci.

« Je sais bien qu’il ne faut pas tenter le diable. Si je ne suis pas là, les portes chez moi sont fermées, c’est comme ça », explique-t-il au gendarme devant une tasse de café. Et quand il travaille, l’éleveur ne craint pas les intrus. « Quelqu’un qui vient chez moi et me demande quelque chose, je lui dis oui. Quelqu’un qui vient sans me demander, je le mets dehors », prévient-il.

Éleveur vigilant

Fier d’avoir tout installé lui-même, notamment les barrières d’accès, Didier Gilbert reconnaît que tout n’est pas parfait. Il écoute volontiers les conseils bienveillants du gendarme. En 35 ans de métier, il n’a jamais connu de vols, ni les agressions parfois violentes dont certains de ses collègues sont victimes.

Mais comme beaucoup d’éleveurs, il se dit « vigilant », et se sait vulnérable. Un sujet brûlant pour le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, venu vendredi à Saint-Pabu, dans le Finistère présenter les nouveaux outils mis en place par les pouvoirs publics pour protéger les agriculteurs contre « l’agribashing ».

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Des préjudices importants

Dans l’Ille-et-Vilaine, le gendarme Croguennec va aux devants des agriculteurs. Le 29 novembre, à Saint-Didier, près de Rennes, il est venu expliquer devant une vingtaine d’entre eux comment « combattre l’intrusion » à l’aide de lumières, pièges photo, caméras, obstacles.

Si les opérations menées par les associations animalistes comme L214 ou DxE restent rares, partout dans la région les actes de malveillance (vols, dégradations) sont en hausse, avec +10 % pour les faits constatés sur un an, selon la gendarmerie.

Des agressions et aussi du vol de matériel (roues de tracteur, outillage, consoles GPS…) qui, presque toujours, « part pour l’Europe de l’Est », selon le gendarme Croguennec, et « le préjudice peut vite atteindre plusieurs milliers d’euros et mettre en péril la pérennité d’une exploitation ».

Signaler les comportements anormaux

Devant le hangar qui abrite le tracteur, l’adjudant rappelle les règles élémentaires : fermer le véhicule « pour éviter le vol d’accessoires », « retirer la clé ». Il préconise des éclairages de détection contre les intrus, de condamner la cuve à fioul, et de « verrouiller la porte d’accès à l’élevage de volailles », pas seulement pour décourager les antispécistes mais d’abord « pour respecter la réglementation ».

Et d’inciter l’agriculteur à signaler à la gendarmerie tout comportement anormal : des renseignements pris en compte par la cellule de la gendarmerie Demeter mise en place en octobre pour désigner des phénomènes naissants, et alerter par SMS les agriculteurs et identifier des auteurs. « Je n’ai rien à cacher, mais cela a des limites tout ça », commente Didier Gilbert, les mains rougies par le froid et le travail, après avoir fait visiter sa ferme et donné à manger à sa trentaine de vaches allaitantes. Suivra-t-il les conseils du gendarme ? « J’y pense, j’y réfléchis », répond-il.

AFP