L’association de défense des animaux L214 a demandé ce jeudi 20 février 2020 la fermeture d’un abattoir de veaux en Dordogne, après la diffusion d’une nouvelle vidéo montrant selon elle des infractions « multiples », notamment « des signes de conscience ou sensibilité » des animaux.

Le plus grand abattoir de veaux de Dordogne

La préfecture de la Dordogne a dans un communiqué assuré « qu’au premier visionnage des vidéos de l’association, il n’y a pas de mise en évidence de non-conformité à la réglementation ».

Cette vidéo, diffusée dans la nuit de mercredi à jeudi, a été tournée fin 2019 à l’abattoir Sobeval de Boulazac, du groupe néerlandais VanDrie. C’est un abattoir habilité pour les types d’abattage standard, qui concerne 70 % de son activité, ainsi que casher et halal (30 %).

Il s’agit d’un abattoir de taille moyenne à l’échelle nationale mais le plus grand de Dordogne avec 3 400 veaux abattus par semaine, soit 24 000 tonnes de viande.

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L214 dénonce des « signes de conscience »

Concernant l’abattage standard, L214 dénonce des « étourdissements réalisés en violation de la réglementation », avec la tête des veaux pas totalement immobilisée au moment de l’étourdissement, donc des « tirs mal ajustés », des animaux blessés mais conscients, et des « contrôles de l’inconscience et de l’insensibilité des veaux quasi-inexistants ».

Pour l’abattage rituel, où la plupart des veaux sont tués sans étourdissement, l’association affirme qu’« un contrôle systématique de la perte de conscience » de l’animal, qui doit être « effectué avant son immobilisation », n’est pas réalisé à Sobeval.

En conséquence, « de nombreux veaux présentent des signes de conscience et/ou sensibilité avant et après avoir été suspendus à la chaîne d’abattage », d’autres « au moment de leur saignée », assure l’association.

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Dépôt de plainte et pétition

Face à ce qu’elle qualifie « d’infractions », L214 a indiqué qu’elle portait plainte auprès du procureur de la République de Périgueux pour sévices graves envers des animaux.

Elle a également mis en ligne une pétition pour demander la fermeture administrative d’urgence de l’abattoir de Boulazac où, selon elle, « les violations de la loi multiples et récurrentes, entraînent des souffrances accrues pour les animaux. »

Un abattoir agréé et contrôlé selon la préfecture

Selon la préfecture, ces images spectaculaires « notamment celles des animaux suspendus ne reflètent en aucun cas une souffrance ou un état de conscience de l’animal […] Ces mouvements ne sont que des réflexes musculaires ou des spasmes post-mortem ».

Par ailleurs, elle rappelle que l’abattoir en question « est agréé pour la pratique de l’abattage » traditionnel ou rituel, a des opérateurs « habilités et formés au respect du bien-être animal » et « fait l’objet de contrôles permanents par une équipe de huit agents de l’État dont deux vétérinaires ».

La préfecture précise que la DDSCPP (Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) va analyser plus en avant les images pour déceler d’éventuelle non-conformité.

« C’est une situation exceptionnelle »

« Au délà des situations classiques, la vidéo montre des cas particuliers. On observe que la tête de certains veaux a bougé et l’opérateur doit s’y reprendre à plusieurs fois. Depuis quelques mois, une mentonière a été installée pour que la tête des veaux ne bouge pas », a expliqué à l’AFP Frédéric Piron, vétérinaire directeur de la DDCSPP.

« Il y a des choses qui peuvent choquer, a-t-il convenu. Au-delà des situations classiques, L214 a filmé des situations particulières. On voit notamment un veau sorti du piège, il ne peut être rapidement étourdi, ce type de situation fait l’objet d’une procédure ».

« On observe dans la vidéo des veaux qui sont traînés. Quand on ne sait pas, c’est choquant. En réalité, il s’agissait de veaux blessés en stabulation. Ils ont été étourdis puis traînés jusqu’au poste de saignée. C’est une situation exceptionnelle », a souligné ce vétérinaire.

L’abattoir Sobéval se défend

De son côté, l’entreprise Sobéval à Boulazac estime, dans un communiqué, que « les allégations » de L214 sur des « sévices graves » et « infractions » multiples « portent atteinte à l’honneur de Sobeval et de ses opérateurs ». La société annonce son intention de porter plainte pour « diffamation publique » contre l’association en rappelant que ses « méthodes de travail sont en permanence contrôlées et évaluées par les autorités françaises. »

Les syndicats réagissent

Dans un communiqué, la Coordination Rurale de Dordogne — Mouvement paysan dénonce « l’acharnement de l’association qui n’hésite pas à s’introduire illégalement dans des propriétés privées. » Le syndicat agricole français, qui apporte son soutien à l’abattoir, fustige également la démarche de L214 qui, selon lui, consiste « bien à stigmatiser la profession dans son ensemble et faire cesser toute forme d’élevage. »

S’exprimant sur France Inter le 20 février au matin, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA a de son côté souligné qu’elle avait regardé « les vidéos ». Elle assure qu’elle « travaille pour essayer d’améliorer les choses ». Elle affirme également qu’elle a « conscience de tout ça mais les résultats arrivent lentement dans certains domaines » .

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Avec l’AFP