L’ex-directeur de l’usine implantée en Occitanie et deux intermédiaires néerlandais sont soupçonnés d’avoir vendu entre 2012 et le début de 2013 plus de 500 tonnes de cheval présenté comme du bœuf à la société Tavola, qui fabriquait des plats préparés pour des marques comme Picard et Findus.

Renvoi de balle

L’ex-directeur de l’usine et le « trader » néerlandais se renvoient la balle : le deuxième affirme que le premier lui avait commandé du cheval, quand celui-ci répète avoir été trompé par la société du Néerlandais.

Soumis aux questions plutôt techniques du tribunal correctionnel, l’ex-directeur de l’usine Spanghero, barbe et large carrure, s’est employé à répéter qu’il ne savait pas que du cheval transitait par son entreprise.

« Visuellement, il se passe rien »

L’apparence de la viande n’a pas pu l’alerter, affirme-t-il : « On achetait, on revendait. Le produit arrivait congelé à –20°C avec du givre ; visuellement, il se passe rien. » Et le prix d’achat ? L’accusation estime qu’il ne pouvait correspondre à du bœuf.

« Dans la viande » depuis 25 ans après avoir « appris le métier avec son papa à la boucherie », il répond qu’il commandait pour Tavola « du bœuf dépourvu de toute exigence bactériologique, qui n’avait pas d’exigence 100 % muscle ». Moins cher que du bœuf pour steaks hachés.

Pas de contrat signé

Cette activité d’intermédiaire entre Draap et Tavola était gérée uniquement par l’ex-directeur de l’usine Spanghero et les transactions étaient orales. La marchandise venait principalement de la Belgique ou de la Roumanie. En l’absence de contrat signé, « ne faut-il pas être encore plus prudent quand on reçoit la viande ? » interroge la présidente.

Cette activité « représentait 4 % du chiffre d’affaires » de Spanghero, « environ deux livraisons par mois », répond le prévenu : « Il n’y avait aucune attention particulière » à lui donner. Ce négoce avait pourtant « une importance considérable », réplique la magistrate, « car c’est par cette activité » que Spanghero, en difficulté, « a été remontée financièrement ».

De la viande congelée

Spanghero a elle-même utilisé la viande du Néerlandais pour faire des merguez. Mais celles-ci étaient fabriquées à base de viande congelée broyée, pas davantage reconnaissable, explique l’ex-dirigeant de l’entreprise.

Des bouchers avaient dit avoir repéré du cheval dans l’entreprise ? Il n’était pas « au courant ».

Le code douanier du cheval figurait sur les factures de Draap ? « J’ai jamais travaillé avec ces codes que je ne connaissais pas. »

Des étiquettes mal interprétées

Quant à la dénomination, Draap livrait de la viande étiquetée BF pour « boneless fore », « avant désossé », selon le Néerlandais. Mais pour le prévenu français, « BF veut dire bœuf ». Spanghero remplaçait les étiquettes de Draap par des fiches ne mentionnant qu’une origine « UE » et l’estampille de son entrepôt frigorifique. L’origine de la viande ou le lieu d’abattage étaient gommés.

L’ancien directeur de Spanghero « reconnaît la négligence ». « Une erreur sur le pays d’abattage, une erreur sur le pays d’élevage… ça en fait beaucoup », remarque la présidente. Finalement, quand la magistrate lui demande si « tout ça n’avait pas pour but de faire croire à Tavola que la viande était transformée au sein de Spanghero », il acquiesce.

De vieilles connaissances

Le « trader » néerlandais, qui avait déjà travaillé avec le prévenu français dans les années 2000, avait été condamné aux Pays-Bas en 2012 pour avoir vendu du cheval comme du bœuf halal au préjudice notamment du Français. Ce dernier affirme qu’il n’était pas au courant de cette affaire quand il a retravaillé avec lui.

Dans un e-mail de 2007 exhibé par la défense du trader, une ancienne collaboratrice de l’ex-directeur de Spanghero gratifiait toutefois le Néerlandais d’un surnom évocateur : « Le roi des chevaux ». Le trader néerlandais, soumis à un contrôle judiciaire en Espagne dans une autre affaire, vient d’obtenir l’autorisation de venir à son procès à Paris, procès qui reprendra lundi matin.

AFP