Lactalis étant absent des débats, c’est très naturellement de ce grand groupe laitier dont il a été question en premier lieu. La députée Valérie Rabault (PS), qui avait rencontré des responsables de l’entreprise, au début de juin, pour discuter de la loi Sapin, a reconnu que l’entrevue « s’était mal passée. Lactalis ne veut pas rendre ses comptes publics, a-t-elle expliqué. Or, le groupe risque de se voir infliger une amende égale à 2 % de son chiffre d’affaires, qui se monte à 17 milliards d’euros ! Et lorsqu’on indique à ses responsables que la loi va les obliger à tenir compte du prix de revient du lait, ils répondent que neuf éleveurs sur dix ne connaissent pas leurs coûts de production. » Une affirmation qui n’a pas manqué de faire réagir la vingtaine de jeunes producteurs présents dans la grange de l’EARL de Bourdoncle, à Cazals (Tarn-et-Garonne) où se tenait la réunion.

Un contrat à marge garantie pour le prix B de Sodiaal

Présent à la table des débats, Damien Lacombe, éleveur aveyronnais et président de Sodiaal, a souligné que le groupe coopératif avait « bataillé pour préserver le marché français et avait réussi à la limiter la baisse des prix des produits de grande consommation. En grande distribution, le lait est valorisé à un niveau deux fois supérieur à celui du marché européen, a-t-il indiqué. En revanche, nous avons mené la même démarche avec la restauration hors foyer, mais nous n’avons pas obtenu de résultat. Nous mettons actuellement en place des outils de gestion de la volatilité et travaillons sur un contrat à marge garantie pour sécuriser la valorisation des volumes vendus au prix B, correspondant aux marchés du beurre et de la poudre. »

« Il faut baisser le prix de l’aliment »

Le président du plus gros groupe coopératif laitier français a aussi précisé que l’on enregistrait un rebond de la demande en lait. « Les prix vont remonter, même si cela prendra quelque mois avant de le sentir sur les feuilles de paye », a-t-il assuré. Pierre Besnard, préfet du Tarn-et-Garonne, a suggéré d’envisager de transformer une partie du lait localement, afin de ne pas tout livrer aux collecteurs.

« Il faut jouer la solidarité », a ajouté Damien Lacombe. Mais les éleveurs lui ont répondu que la solidarité devrait commencer par la baisse du prix de l’aliment lorsque celui des céréales s’effondre. Ils ont aussi demandé aux élus présents, de veiller à ce que leur territoire, zone intermédiaire qui ne bénéficie ni des aides de montagne, ni des facilités des plaines, soit considéré comme une zone défavorisée, lors du prochain classement qui aura lieu en 2018.

Florence Jacquemoud