Lundi, le 14 novembre 2016, a été lancé le Parti animaliste français. Il a pour objectif, entre autres, « d’élaborer des perspectives et un programme prenant en considération les intérêts des animaux ». Il veut inclure dans les politiques publiques la prise en compte des intérêts des animaux ainsi que du respect de leurs ressources, de leurs territoires, de leurs habitats et de leurs mobilités. Pour cela, il projette d’adosser à la Constitution française une charte de la protection animale.

Ce mouvement dit ne vouloir « se positionner que sur les thématiques en lien avec les animaux ». Il s’attachera à mettre en place un ministère de la Protection animale, afin « de sortir la protection animale du ministère de l’Agriculture et de mettre fin au conflit d’intérêts qui lui est consubstantiel ». L’article liminaire de leur charte est le suivant : « Les animaux sont des êtres sensibles, conscients et doués d’une volonté et d’intérêts propres. Tout être sensible est un individu possédant une valeur intrinsèque ».

En vue des présidentielles

Sept fondateurs ont porté l’association sur les fonts baptismaux. Ils se disent indépendants des associations de défense animale. Mais on retrouve des adhérents, par ailleurs membres d’associations.

D’autres pays européens ont déjà un parti de ce genre. Le parti animaliste français s’appuie sur le modèle néerlandais, le Partij voor de Dieren (Parti pour les animaux) créé il y a 10 ans. En 2013, il comptait déjà trois élus, deux parlementaires et un sénateur ! Le parti animaliste espagnol serait aussi très influent.

Le parti animaliste français n’a pas encore décidé s’il présenterait un candidat aux prochaines élections présidentielles. S’il se lance dans la course, il devra réunir 500 parrainages. Mais il annonce d’ores et déjà qu’il pourrait soutenir le candidat qui partagerait entièrement sa façon de penser. Avec un bémol : aujourd’hui le Front national est le seul parti qui a le plus traité la question (en apparence). « Nous avons à cœur des valeurs qui seraient en contradiction avec certaines idées républicaines, auxquelles nous n’apporterons aucun soutien », prévient Hélène Thouy, une des fondatrices interviewée par Le Figaro

Les pratiques d’élevage en ligne de mire

Le programme de ce parti spécifique aux animaux d’élevage est dense. Il veut accorder aux associations de protection animale reconnues un droit de visite inopinée des élevages et des abattoirs. Sur les méthodes d’élevage, il entend intervenir et surtout interdire : interdiction de l’épointage du bec, de la castration, de l’amputation de la queue, de l’écornage, du broyage des poussins, abolition du gavage. Même sentence pour la production, l’importation et le commerce de la fourrure, pour la dépilation à vif.

Le parti animaliste veut aussi supprimer les sélections génétiques « causant des souffrances » (poulets de souche à croissance rapide…). Sous 10 ans, il propose l’interdiction totale des élevages en cage… Même sort pour les bâtiments d’élevage qui n’auraient pas de parcours extérieur. Il a aussi la volonté de limiter la durée totale du transport des animaux vivants à 8 heures pour les mammifères, et 4 heures pour les oiseaux. Il stoppera les exportations d’animaux vivants de l’Union européennes vers les pays tiers.

Contrôles multipliés dans les abattoirs

Dans les abattoirs, il interdira toute possibilité d’abattre un animal sans insensibilisation préalable. Il installera des caméras de contrôle sur les postes de déchargement, d’attente, d’amenée et d’abattage. Le contrôle sera l’œuvre d’une autorité indépendante constituée à parité d’inspecteurs vétérinaires et de membres désignés par des associations de protection animale.

Du vegan à la cantine

Ce parti entend également inciter les collectivités locales à intégrer le « bien-être animal » parmi leurs appels d’offres pour toute restauration collective. Et abroger le décret qui impose des produits d’origine animale à chaque repas dans les cantines. Un menu végétal alternatif y sera institué. Et il sera distribué un repas végétarien hebdomadaire à tous les scolaires. Le parti animaliste se fixe enfin un objectif national de réduction de la consommation de produits animaux (viande, poisson, œufs, lait) de 25 % en 2025 par rapport à 2015.

Cette longue liste d’interdictions va une nouvelle fois heurter les éleveurs. Elle a un mérite : souligner les points de vigilance face aux prochaines mises en cause dont ils pourraient être les cibles.

Marie-Gabrielle Miossec