« L’est du pays souffre depuis le début de juillet, et le reste du pays depuis août avec la vague de chaleur et de canicule prolongée », souligne Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA. Pour lui, la situation est comparable à celle de la canicule de 2003.

Pas de deuxième coupe

« Dans beaucoup d’endroits, même dans le Massif central, le “château d’eau” de la France, il n’y a pas de deuxième coupe d’herbe, c’est très préoccupant », indique-t-il, avant de dénoncer « une spéculation assez désagréable » sur les prix de la paille.

« Les éleveurs ont besoin d’acheter de la paille pour la mélanger au foin afin de nourrir leurs bêtes, et les négociants en profitent », affirme-t-il. Réclamant jusqu’à 100 euros la tonne, contre 60 à 80 euros l’an dernier, selon lui.

« La pire crise depuis 50 ans » en Suède

La sécheresse poursuit ses ravages en Suède. La Fédération des agriculteurs (LRF) parle de la « pire crise depuis plus de 50 ans ». Un manque de nourriture pour le bétail « sera perceptible dès cet hiver », prévoit Harald Svensson, chef économiste de l’Agence gouvernementale suédoise de l’agriculture.

« La plupart des agriculteurs ont distribué aux animaux durant l’été les réserves de fourrage qu’ils avaient constituées pour l’hiver », explique-t-il, évoquant une chute historique de « 29 % » de la production suédoise de céréales par rapport à 2017.

Une ferme sur 25 menacée en Allemagne

Idem en Allemagne, où une ferme sur 25 est menacée de fermeture. En Basse-Saxe, grande région agricole du pays, l’inquiétude est grande pour les exploitations fourragères dont la production est inférieure d’au moins 40 % à celle d’une année normale.

Aux Pays-Bas, le déficit de fourrage est estimé entre 40 % et 60 % par l’organisation agricole LTO, et celui de céréales à 20 %.

La collecte laitière anglaise plonge

Loin de l’image idyllique des vertes prairies anglaises, la Grande-Bretagne n’a pas connu de sécheresse comme cette année depuis 80 ans, selon l’Agriculture and Horticulture Development Board (AHDB). La collecte de lait est en forte baisse du fait du manque d’herbe.

Le coût du fourrage ayant bondi, beaucoup de bêtes ont été envoyées à l’abattoir plus tôt que d’habitude. En Grande-Bretagne, l’abattage de bovins a été 18 % plus élevé que l’an dernier en juillet, avec une bonne partie de vaches laitières, selon l’AHDB.

Les abattages de vaches augmentent

En Allemagne, où le gouvernement vient de débloquer 340 millions d’euros d’aide, les abattages ont augmenté de 10 % dans les deux premières semaines de juillet, selon l’Agence allemande pour l’agriculture et la nutrition.

En Suède, le gouvernement a aussi débloqué une aide de 1,2 milliard de couronnes (117 millions d’euros) pour acheter du fourrage et éviter les abattages d’urgence.

En France, le sujet est tabou, les éleveurs redoutent une chute des cours, en raison notamment de la position du groupe Bigard. « On a peur qu’il profite de l’aubaine [de la] sécheresse pour acheter encore moins cher nos animaux, alors que nous avons déjà beaucoup de mal à survivre », confie un éleveur sous le sceau de l’anonymat.

Acheter des céréales plus cher

Du côté de l’élevage laitier, « l’hiver risque d’être catastrophique », embraye un autre. « Pour compléter les rations des animaux, il va falloir acheter des céréales qui, elles, ont vu leur prix monter cet été, le lait va être de plus en plus cher à produire, les coûts de revient vont augmenter. »

Un constat confirmé par Erwin Schöpges, le président de l’European Milk Board. « Sans cette sécheresse, les coûts de production sont déjà loin d’être couverts. On parle, pour toute l’Europe, de 40 à 45 cents » alors que le prix de vente du lait « tourne autour de 30 à 33 centimes, détaille-t-il. Comment voulez-vous, avec la sécheresse qui va encore augmenter les frais, que la situation s’améliore ? »

Pour desserrer l’étau, la Commission européenne a promis des aides exceptionnelles, notamment le versement anticipé de certaines aides et des dérogations pour utiliser les jachères comme fourrage. Il n’empêche qu’« il va y avoir des abandons massifs dans l’élevage », prédit Jean-Guillaume Hannequin.

AFP