La reprise récente des cours du porc n’a rien changé au fait que « la filière se trouve toujours embourbée dans une situation très difficile », a affirmé Paul Auffray, le président de la FNP face à la centaine de participants à son assemblée générale. Réunie à Morteau (Doubs), un territoire où est produite l’AOP comté, emblématique de la réussite d’une démarche de filière, ainsi que trois IGP sur le porc, la FNP espérait dégager des pistes pour une meilleure répartition de la valeur ajoutée dans la filière.

« Au travers des IGP saucisse de Morteau, de Montbéliard, et Porc comtois de petit-lait obtenues depuis 2010, nous avons voulu sauver la tradition d’engraissement des porcs au petit-lait issu du comté, explique Philippe Monnet, président de la FDSEA du Doubs. L’éleveur perçoit 0,20 €/kg en plus du prix au cadran, soit actuellement 1,50 €/kg. » C’est 5 centimes de plus que le prix moyen perçu dans l’Ouest. « Ce qui est peu », remarquent des participants.

« Notre pari est de développer nos produits au niveau national ! », poursuit Philippe Monnet, convaincu de l’intérêt de se différencier et de raisonner filière, comme l’a fait le comté. Alors même que le déficit de dialogue et de solidarité dans la filière porcine a été pointé à plusieurs reprises, Claude Vermot-Desroches, producteur et président du Comité Interprofessionnel de gestion du Comté, encourage les producteurs à « produire ce qui se vend en qualité et en volume et à être acteurs, dans un vrai partenariat de filière ! »

Revenir au centre de négociations

Stéphane Athimon, directeur des filières animales du groupe Avril-Sanders, et Michel Biero, gérant des achats chez Lidl France, ont témoigné de l’intérêt de la contractualisation pour répondre aux attentes d’un consommateur demandeur d’une origine France, voire régionale, et de garanties de qualité. Sa demande en porc français a poussé Aldi et Lidl à « remplacer les producteurs allemands par des porcs français, sur 3 000 porcs par semaine transformés par l’allemand Tönnies, avec une prévision d’augmenter à 5 000 animaux, explique Stéphane Athimon. Le producteur ne perçoit pas de plus-value. »

Des démarches spécifiques permettent d’y accéder, tel l’accord entre Avril-Sanders et Fleury-Michon en filière J’aime/Engagés dans l’élevage. « Il porte sur du jambon non OGM et sans antibiotique, concerne 2 000 porcs par semaine et rémunère le producteur 5,5 centimes/kg net, déduction faite du coût de l’aliment non OGM », indique Stéphane Athimon.

Des contrats avec plus-value

Autre exemple, portant sur l’origine régionale : « La contractualisation tripartite, avec plus-value pour le producteur, sur le Ch’ti Porc des Flandres, qui représente 100 % de la viande fraîche de nos 300 magasins des Hauts-de-France », détaille Michel Biero. Et de préciser que ce type d’accord tripartite, en voie de se développer dans d’autres régions, concerne actuellement 25 % des 20 000 tonnes annuelles de viande de l’enseigne.

Ces démarches n’offrent pas une solution aux 25 millions de porcs français. Mais elles démontrent que « c’est en remettant les producteurs au centre des négociations qu’on permettra un retour de la valeur ajoutée, conclut Paul Auffray. Il est urgent d’écrire un vrai projet de filière ! »

Catherine Regnard