« Sur le sujet du bien-être animal, il faut à la fois dépassionner et rationaliser », déclare Didier Guillaume lors de sa conférence de presse ce 28 janvier 2020. « Il faut mettre en place des mesures fortes, mais qui ne remettent pas en cause totalement nos structures économiques », soutient le ministre. Ce dernier, « souhaitant concilier la sensibilité des animaux, le travail de l’éleveur et le regard de la société [de plus en plus acéré] », compte grandement sur l’avancement des travaux scientifiques menés par l’Inrae (1) ainsi que sur le prochain rapport du Conseil national de l’alimentation (CNA).

Deux mesures « majeures » pour la fin de 2021

Parmi les mesures promises lors de précédentes annonces à la fin de l’année dernière, le ministre de l’Agriculture indique que la fin du broyage des poussins est « actée » en France et en Allemagne pour la fin de 2021. « Un consentium franco-allemand sera constitué pour travailler sur le sujet », poursuit Didier Guillaume.

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Le deuxième sujet fort concerne la castration à vif des porcelets, pratique qui sera également abolie à la fin de 2021. Vis-à-vis de cette échéance, « nous voulions être réalistes. Les dates seront tenues, soit par aspects réglementaires, soit par la loi s’il le faut », complète le ministre. Dans ce cadre, les organisations vétérinaires ont été sollicitées et « ces dernières sont prêtes à élaborer un protocole permettant la prise en charge complète de la douleur en utilisant l’anesthésie locale », note Didier Guillaume.

Améliorer la qualité de vie des animaux d’élevage…

Pour cet axe, le plan gouvernemental prévoit un accompagnement des éleveurs par des financements incitatifs.

« Dès cette année, les financements de l’État seront fléchés uniquement sur les bâtiments d’élevage respectant les normes en matière de bien-être animal et je négocie avec mes homologues européens le conditionnement de financements de la future Pac dans ce domaine », déclare Didier Guillaume.

… et les conditions de transport

Dans l’axe du plan visant à améliorer les conditions de transport des animaux, il est question dès l’année 2020 :

  • d’augmenter les contrôles en habilitant des vétérinaires privés en complément des agents d’État ;
  • de renforcer les sanctions en cas de non-respect de la réglementation européenne ;
  • d’imposer pour le transport maritime un registre et des conditions d’enregistrement des températures.

Sur les questions d’abattage, Bruno Ferreira, directeur général de l’alimentation, informe qu’un appel à la candidature a été porté pour mener des expérimentations sur la vidéosurveillance en abattoir. « La vidéosurveillance est souvent utilisée comme un outil de progrès interne et, dans les bouveries par exemple, ce moyen peut contribuer à améliorer les interventions en cas de problèmes. Six ou sept structures sont volontaires à ce jour pour rejoindre l’expérimentation », expose-t-il.

Vers un étiquetage harmonisé des modes d’élevage

« Mettre en place à l’échelle européenne l’étiquetage des modes d’élevage sur l’ensemble des produits », telle est l’ambition portée par l’Allemagne et exposée au Conseil des ministres à Bruxelles hier. « Nous espérons que cet étiquetage spécifique sera possible d’ici à 2021 au niveau européen », exprime Didier Guillaume. « Le Sénat travaille sur cette question, qui n’est pas simple. Il est important de redéfinir les notions et d’harmoniser les pratiques pour éviter toute distorsion de concurrence », ajoute Bruno Ferreira.

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Les animaux de compagnie aussi

Parmi les 15 mesures pour la protection et l’amélioration du bien-être animal, trois visent à responsabiliser les propriétaires d’animaux de compagnie. Il s’agit de : prévenir les achats impulsifs, lutter contre les abandons d’animaux de compagnie et confier une mission de six mois à un député « pour proposer d’autres mesures de lutte contre l’abandon d’animaux de compagnie et pour assurer leur bientraitance ».

Lucie Pouchard

(1) Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.