Le 6 janvier 2020, Gabriel Serville, député de Guyane, a publié sur Twitter la photo d’un poulet bio de la marque « U les commerçants » « livré par avion » dans un magasin de l’île de Saint-Martin, dans les Antilles, et vendu 51 €, soit 25,99 € le kilo contre 8,95 € le kilo en France métropolitaine. Le député s’insurge du prix appliqué alors même les Outres-mer possèdent des filières d’élevage et que « 20 % des Antillais et 45 % des Guyanais vivent avec moins de 420 € par mois ».

Plus de « 20 % d’inflation » en 2 ans

Ce tweet a relancé le débat sur le coût de la vie dans les territoires ultramarins. En juillet dernier, l’autorité de la concurrence a souligné que les prix étaient en moyenne de 12 % plus élevés qu’en métropole et même supérieurs de 19 % (Mayotte) à 38 % (Martinique) pour les seuls produits alimentaires. Ce tweet a rencontré un écho important sur le réseau social puisqu’il a été retwitté plus de 5 200 fois et a suscité de nombreux commentaires.

« Mais qui paye 51 € le poulet ? Même déjà rôti, il ne coûte pas 51 € en métropole », demande un internaute. « Le poulet à ce prix, j’espère qu’il était en business class avec une coupe de champagne dans l’avion », répond un autre. Le député a profité de cette visibilité pour faire passer d’autres messages à ce sujet. D’une part, sur l’inflation en épinglant la marque U qui, en 2018, vendait un poulet bio au « même endroit » à 20,99 € le kilo contre 25,99 € en 2020.

Le député déclare aussi avoir écrit à Édouard Philippe et Bruno Lemaire il y a 10 mois, pour demander des mesures afin de lutter contre la vie chère « alors que les grandes surfaces se gavent avec des marges jusqu’à 55 % sur les produits de consommation courante aux Antilles Guyane ». Il affirme ne pas avoir reçu de réponse.

Lette envoyée à Edouard Phillippe par Gabriel Serville. © Twitter @GabrielServille

Gabriel Serville indique également qu’une proposition de loi votée en 2012 rend obligatoire pour toutes les grandes surfaces de réserver une place aux productions locales, mais selon lui cette réglementation n’est pas appliquée « faute de décret d’application ».

Une « explication simple » pour Système U

Dans l’île antillaise, Système U affirme que son enseigne propose aussi « des poulets à des prix bien inférieurs, transportés par voie maritime et congelés, venant de France », a fait valoir un porte-parole de Système U à l’AFP le 17 janvier 2020. Pour Système U, « l’explication de ce prix est malheureusement simple : il n’y a pas de production locale, et des poulets bio, ce sont des poulets qui prennent l’avion », a affirmé le porte-parole de Système U.

« Ce poulet, en métropole, est vendu 10,75 euros le kg, mais lorsqu’on l’achemine par voie aérienne, le kilo de marchandise coûte 12 euros à transporter, donc pour un poulet de 2 kg on arrive à un prix de 45 euros, auxquels s’ajoutent des taxes, des frais de commercialisation et la marge du commerçant. D’où un prix final de 51 euros », a-t-il ajouté.

« Ce prix peut sembler exorbitant, poursuit le porte-parole, mais il y a des gens qui viennent à Saint-Martin, qui veulent trouver des produits bio d’importation et sont prêts à payer ce prix-là. […] Les clients ont pris cette habitude et nous réclament ces produits », assure-t-il.

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Marie-Astrid Batut, avec l’AFP