À 10h30, pour l’ouverture de la campagne d’hiver du plus grand marché au gras de France, ils sont des centaines à se précipiter dans les allées de la halle réservée aux foies gras. Le scénario s’était déroulé à l’identique une heure plus tôt, dans « la halle aux carcasses » de canards et d’oies, qui ne sont restées que quelques dizaines de minutes sur les tables.

Le commerce est rapide

Le froid n’a pas rebuté les acheteurs : dans la halle, le thermomètre peine à grimper. Avec les 5 degrés ambiants, pas besoin de réfrigérateur. « Le froid naturel suffit à conserver à température naturelle », assure le vétérinaire chargé de l’inspection de la marchandise, Didier Villate.

De toute manière, les foies ne restent pas longtemps dans les caisses : en à peine une demi-heure, Laurence Barella, éleveur gaveur à La Sauvetat, près de Condom, vend quasi la totalité de la cinquantaine de pièces qu’elle a apportée. Ses foies ont trouvé preneur à 38 €/kg.

« Je suis plutôt contente », confie-t-elle. Une semaine auparavant, les foies de canard s’échangeaient entre 30 et 35 euros le kilo, sur ce marché qui se tient tous les lundis de l’année, selon les services de la ville.

Une fracture nette

Sous la halle, la fracture est nette entre ceux dont l’exploitation a été épargnée par les épisodes de grippe aviaire, évitant l’abattage des bêtes et le vide sanitaire décrétés par le gouvernement pour tenter d’endiguer l’épidémie, et ceux qui les ont pris de plein fouet. Un tiers du département du Gers n’a pas été touché par l’épizootie, selon Didier Villate.

Si le moral de Laurence est » plutôt bon », celui de Sandra, comme celui de Joël, est en berne. Aucun de ces deux producteurs ne consent à dire son nom, ni le lieu de son exploitation, se contentant de les situer dans le Gers.

« La grippe aviaire a commencé à 15 km de chez nous et s’est répandue comme une traînée de poudre », en décembre dernier, se souvient Sandra. « En janvier, on n’a pas pu reprendre », et l’exploitation n’a pas reçu de canards pendant neuf mois.

Trésoreries à plat

Avec son mari, elle « a repris le gavage seulement en novembre. Donc on a perdu des marchés et en plus, on n’a pas eu droit aux subventions », les indemnisations promises par le gouvernement, car le couple est salarié à l’extérieur. « On a assez pleuré », dit-elle.

Le sourire est un peu revenu sur son visage à la fin du marché : ses foies de canard ont trouvé preneur à 40 €/kg. Peu de chance toutefois qu’à court terme son mari, qui pensait abandonner son travail pour ne se consacrer qu’au gavage, franchisse le pas.

« Le moral, non, parce qu’on ne gagne plus d’argent, les trésoreries sont à plat », assure de son côté Joël, qui vient tout juste de recommencer le gavage.

« Ça repart »

« Le moral n’était pas bon, mais ça repart », affirme un deuxième vétérinaire, Michel Bonnotte, qui rappelle que les producteurs ont été obligés de réaliser des investissements pour se conformer aux règles de biosécurité afin d’éviter toute nouvelle épidémie.

Une menace bien présente dans les esprits. « On n’a pas de vaccin, rappelle Didier Villate. Alors il ne faudrait pas un troisième épisode de grippe aviaire. Là, on est mort économiquement », assure-t-il.

« L’optimisme est en train de revenir à condition que rien ne se passe cet hiver », confirme Didier, gaveur à Barran (Gers).

AFP