La Nouvelle-Zélande, un poids lourds pour longtemps

« La Nouvelle-Zélande est un poids lourd sur le marché mondial du lait, souligne Mélanie Richard, de l’Idele. Sa production équivaut à celle de la France, mais 95 % partent à l’exportation, dont 25 % vers la Chine. » Le pays est réputé très concurrentiel, grâce à sa production basée sur le pâturage toute l’année.

La production laitière a doublé en 20 ans, pour les trois quarts dans l’île du Sud. Elle s’est faite par l’intensification de la production à l’hectare et à la vache, mais aussi aux dépens des troupeaux d’ovins et de vaches allaitantes. Cette intensification passe, entre autres, par une fertilisation accrue des prairies, un accès au foncier plus concurrentiel, et la distribution d’aliments conservés aux vaches.

Elle a deux corollaires : une hausse des coûts de production pénalisant la compétitivité du lait néo-zélandais sur les marchés mondiaux, et un accroissement des dommages environnementaux (dégradation marquée de la qualité de l’eau) qui suscitent le mécontentement du secteur touristique (ce dernier pesant autant que la filière laitière).

Ce qui rend également la filière plus vulnérable à la volatilité des marchés internationaux. Les éleveurs laitiers ont eux aussi souffert de la crise de 2015-2016 : 77 % d’entre eux avaient une trésorerie négative en 2015 ! Néanmoins, Mélanie Richard souligne « la bonne résistance de la filière, fondée sur l’herbe, habituée à gérer le risque, et qui opère un retour à une conduite plus économe ».

L’économiste ne voit donc pas se profiler d’arrêt de la hausse de la production néo-zélandaise à moyen terme, même si elle doit s’infléchir. La filière conserve également des objectifs ambitieux : elle souhaite augmenter de 35 % la valeur des exportations entre 2013 et 2020, en réorientant les fabrications vers davantage de valeur ajoutée.

La Chine restera importatrice

« La consommation chinoise de produits laitiers a été multipliée par 4 depuis la fin des années 1990, pour atteindre 35 l par habitant et par an, a rappelé Jean-Marc Chaumet, de l’Idele. C’est encore 3 fois inférieur à la consommation moyenne mondiale, et 10 fois inférieure à la France. » De quoi continuer à faire rêver les exportateurs… Et la tendance va se poursuivre, tirée par une population plus nombreuse, plus urbaine et plus riche : Pékin table sur une nouvelle hausse de 30 % entre 2015 et 2030.

Mais les éleveurs laitiers de l’empire du Milieu pourront-ils y répondre ? Au vu des contraintes du pays, Jean-Marc Chaumet en doute. « La production chinoise est confrontée à une double perte de compétitivité, en termes qualitatif et quantitatif. Le prix du lait à la production est élevé et non concurrentiel. Depuis le scandale de la mélamine en 2008, les consommateurs sont méfiants vis-à-vis des produits nationaux et se reportent sur les produits importés, réputés plus fiables. »

Pour y remédier, le gouvernement encourage la cessation des petits élevages et l’implantation de fermes géantes. Aujourd’hui, 20 % des élevages comptent plus de 1 000 vaches. Mais la restructuration en cours ne résoudra pas tout, alors que le foncier fait défaut et que le lait à la production n’est pas compétitif face aux importations. Le pays devra choisir entre importer des produits laitiers, et importer de quoi nourrir ses vaches. Aujourd’hui déjà, il doit acheter 1 million de tonnes de foin par an. Et c’est sans compter le tourteau de soja, le maïs…

La production chinoise devrait progresser, mais plus lentement que la consommation. Les importations devraient donc passer de 11 à 18 Mt entre 2015 et 2025. « Mais une part croissante de ces importations sont désormais sous contrôle des entreprises chinoises qui s’implantent à l’étranger », souligne Jean-Marc Chaumet.

E.C.