Dès ce soir, le 22 août 2016, le rond-point devant l’usine Lactalis de Laval, en Mayenne, sera occupé. À l’appel de la FNSEA, de la FNPL et des FDSEA de l’Ouest, des centaines de manifestants sont attendus « à partir de lundi soir » et pour une durée encore indéterminée. À 20h30, ce sont les éleveurs mayennais qui ouvriront le bal. Les sections de la Bretagne, de la Normandie et des Pays de la Loire entreront dans la danse les jours suivants. Pour autant, pas question de bloquer totalement le site, il faut que les camions de collecte puissent entrer et l’usine fonctionner.

« Lactalis sera le premier »

Contrairement au mot d’ordre national – Lactalis est la seule cible afin qu’il remonte son prix du lait au niveau payé par les autres – les FRSEA de l’Ouest ont prévu de « demander audience aux industriels coopératifs comme privés. Lactalis sera le premier d’entre eux. »

« Quels arguments peuvent briser l’indifférence de nos laiteries envers la situation gravissime vécue dans les campagnes, s’interrogent-elles dans un communiqué diffusé par la FRSEA et JA Pays de la Loire. Les producteurs de lait n’en peuvent plus de subir des prix en baisse depuis deux ans, les niveaux sont très loin de couvrir les coûts de revient. »

« Après une chute de plus de 16 % en moyenne sur l’année 2015 (0,36 €/l en 2014 et 0,30 €/l en 2015), ces exploitations ont subi une nouvelle baisse sur le premier semestre de 2016 de l’ordre de 10 % (0,27 €/l), alertent les syndicats. Le prix de vente à la consommation n’a, en revanche, pas évolué et reste en adéquation avec un prix de marché attendu par les producteurs. »

« Se battre pour que la marge soit partagée »

Soulignant que « les entreprises réalisent des marges à 2 chiffres [...], nous avons vu cet été les nombreux investissements réalisés par ces entreprises coopératives et privées grâce à leurs bénéfices mais au détriment des éleveurs. » Aussi, les éleveurs doivent de nouveau se « battre pour que la marge soit partagée ».

Les syndicats interpellent également les parlementaires, « afin de remettre en cause la LME (loi de modernisation de l’économie) et la loi Sapin 2 qui n’apportent pas les garanties du “maillon élevage” et ne solutionnent pas le mode de gouvernance économiquement équitable et viable ».

Le mouvement a d’ores et déjà essaimé puisqu’une quarantaine d’éleveurs ont manifesté ce midi devant un site de Lactalis à Onet-le-Château, près de Rodez, signale l’AFP. Quant aux éleveurs de la Dordogne, qui avaient déjà organisé une action cet été, ils sont prêts à embrayer.

Lactalis appelle au calme

De son côté, Lactalis a appelé au calme. « Nous attendons que cette manifestation se passe dans le calme, dans le respect des biens et des personnes, et qu’il n’y ait pas de débordement », a déclaré au micro de France Inter Michel Nalet, porte-parole de la société.

Lactalis se dit prêt à recevoir les organisations de producteurs pour discuter des prix du lait. « Pour ce qui concerne la FNSEA et la FNPL […], nous avons répondu que bien entendu nous sommes disposés à discuter avec elles. Mais on ne peut pas à la fois guerroyer et faire un blocus [...] et stigmatiser notre groupe et demander de se mettre autour de la table. »

« Le groupe est tout à fait conscient des difficultés que rencontrent les producteurs », a par ailleurs avancé le porte-parole de Lactalis. Mais ce n’est pas parce que l’entreprise peut être considérée comme une entreprise qui se porte bien et qui se développe que nous pouvons nous exonérer de la réalité de notre marché. »

« Quand des concurrents belges ou néerlandais qui se trouvent à peu de distance de nous paient 30, 40, 50 centimes de moins le prix du lait qu’en France, c’est évident que nous devons aussi tenir compte de cette réalité, a justifié Michel Nalet.

E.C. avec l’AFP