« Je suis très déçu sur la méthode, a déclaré Francis Amand, le médiateur des relations commerciales après l’échec des discussions. J’ai eu l’impression que les représentants des organisations de producteurs (OP) n’étaient pas en capacité de prendre des positions et qu’elles leur étaient dictées depuis Laval. On repart de zéro, il n’y a plus de médiation possible dans ce cadre-là. »

Il reste une carte à jouer, puisque le médiateur a fait une « proposition de la dernière chance à 280 €/1 000 l » pour les cinq derniers mois de 2016, offre qu’a acceptée Lactalis. Ce dernier, par la voix de Michel Nalet, son porte-parole, a désigné la FNSEA comme responsable de l’échec des discussions. La FNSEA a « poussé un certain nombre d’OP à ne pas prendre de décisions, lance-t-il. Elle devra en assumer les conséquences. »

La guerre des communiqués

Dès vendredi matin, le 26 août 2016, Lactalis a enfoncé le clou. Dans un communiqué, il annonce qu’« en dépit de l’attitude irresponsable de la FNSEA, [il] tient compte des difficultés des producteurs et augmente dès le 1er septembre, le prix du lait de 15 €/1 000 l. En dépit de leurs déclarations, [la FNSEA, la FNPL et JA] n’ont pas agi pour s’engager dans une sortie de crise, mais pour prolonger des actions et un bras de fer médiatique avec le Groupe Lactalis et nuire à son image.

De leur côté, la FNSEA et JA renvoient la faute à Lactalis. « 11 heures de négociations n’ont pas permis d’aboutir face à une position de blocage des représentants de Lactalis, dénoncent-ils dans un communiqué de presse commun diffusé ce vendredi en fin de matinée. Cette posture traduit un mépris envers les producteurs. » Les deux syndicats appellent à une reprise des négociations dans les meilleurs délais à la préfecture de Laval.

« La crise par sa durée et son intensité oblige Lactalis à faire des propositions de sortie de crise pour les éleveurs laitiers à la mesure de sa position de leader mondial, renchérit Thierry Roquefeuil, le président de la FNPL. Il faut cesser la démagogie : Lactalis doit comprendre que l’avenir de toute une profession et de la filière laitière française est en partie de sa responsabilité ! Notre combat et celui des organisations de producteurs est un prix du lait juste qui rémunère notre travail et la qualité du lait que nous produisons chaque jour pour les consommateurs. »

La mobilisation va se poursuivre

À Laval (Mayenne), le blocus de l’usine Lactalis par des producteurs de lait va se poursuivre, a assuré Philippe Jéhan, le président de la FDSEA de la Mayenne, après l’échec des négociations à Paris. « Le mouvement se poursuit. On ne sortira qu’avec une victoire », a-t-il déclaré. Des tours de garde sont déjà prévus jusqu’à lundi devant l’usine Lactalis. « On est bouclé jusqu’à lundi soir et s’il faut boucler la semaine d’après, on la bouclera », assure-t-il.

« On ne partira pas, il faudra que Lactalis cède », a renchéri Jérémy Trémeau, le président de JA Mayenne. On est ici et on ne lâchera rien. » Seuls une quarantaine d’agriculteurs étaient encore présents peu après 2h00 vendredi devant l’usine du numéro un mondial des produits laitiers. Les manifestants ont accueilli le résultat des discussions avec « déception », à l’image de Florian, un jeune Mayennais installé depuis six mois. « On est déçus, dit-il. Avec des personnes comme ça, on ne peut pas négocier. Il faut rester solidaires et se mobiliser. »

Le plan français de régulation de la production présenté mardi

Le ministre de l’Agriculture a lui aussi réagi ce 26 août 2016 à l’échec des négociations. Il « demande à chacun de faire preuve d’un esprit de responsabilité. Le prix payé aux producteurs par Lactalis, leader mondial sur le marché, ne peut demeurer le plus faible du marché, un pas est donc indispensable. Le ministre a pris connaissance des déclarations ce matin de Lactalis et invite chacun à reprendre au plus vite les négociations. »

Il annonce qu’il présentera « mardi le plan français de régulation de la production laitière décidé à l’échelle européenne et annoncé le 18 juillet dernier. Ce plan a été préparé et discuté durant l’été dans ses modalités d’application. »

E.R. avec l’AFP