Dans une note de conjoncture diffusée le 11 mai 2017, Agreste, le service de la statistique du ministère, de l’Agriculture dresse un bilan du marché des produits laitiers du début de l’année 2017.

La baisse de la collecte se poursuit

En France, la baisse de la collecte de lait de vache, entamée en juin 2016, se poursuit au début de 2017. Les volumes collectés en janvier et février sont inférieurs de 5,7 % à ceux collectés à cette même période, en 2016. Cette baisse est cependant un peu moins marquée qu’à la fin de 2016, où elle atteignait 6,9 % par rapport à 2015.

La collecte a également diminué à l’échelle européenne en 2016, mais avec des situations différentes pour chaque pays. Si le Royaume-Uni enregistre une baisse prononcée, les Pays-Bas et la Pologne ont continué d’accroître leur production.

La réduction de la collecte européenne se prolonge en ce début d’année 2017. En janvier 2017, la production européenne de lait de vache recule de 2,2 % par rapport à janvier 2016. France, Allemagne et Royaume-Uni, les trois plus gros producteurs de l’Union européenne (UE), contribuent pour plus de 90 % au repli global. Face à une demande toujours faible, le marché tend à se rééquilibrer.

En janvier 2017, la production laitière mondiale recule sur un an. Parmi les autres grands producteurs, la collecte se stabilise en Nouvelle-Zélande, voire diminue en Australie, alors qu’elle continue de progresser aux États-Unis.

Le prix à la production se stabilise

Après s’être redressé à partir d’août 2016, le prix français du lait payé aux producteurs se stabilise début 2017. En février 2017, à 346 € pour 1 000 litres, le prix moyen versé aux producteurs français est supérieur de 11,2 % au prix de février 2016. Malgré ce redressement à mi-année, le prix moyen du lait en 2016 demeure en deçà de son prix moyen sur la période 2011-2015 (- 12 %). Dans l’Union européenne, les prix dépassent de 13 % en février leur niveau de 2016.

Après les sommets atteints en 2012 et 2013, le prix des aliments s’est beaucoup réduit même s’il demeure élevé. La baisse, entamée en décembre 2015, ralentit depuis la fin de l’année 2016. Dans ce contexte, le différentiel entre le prix payé au producteur et le coût de l’alimentation animale s’améliore.

Les fabrications de produits laitiers reculent

La plupart fabrications françaises de produits laitiers diminuent en début d’année 2017, à l’exception des crèmes conditionnées et des desserts lactés frais. Ces baisses s’inscrivent dans un contexte de contraction des achats des ménages déjà observé au second semestre 2016. Les fromages et le beurre font exception, avec des achats de la part des ménages en augmentation sur un an sur les deux premiers mois de 2017.

Dans l’Union européenne, les fabrications sont également majoritairement en baisse sur un an en janvier 2017. La poudre de lait écrémé est particulièrement touchée, avec un repli de 8,3 %. À l’inverse, les fabrications de crème conditionnée s’accroissent de 3 % sur un an et celle de laits liquides de 0,5 %, après avoir été en retrait sur l’ensemble de l’année 2016. Quant aux fabrications de fromages, elles se stabilisent en janvier 2017, après une baisse en 2016 (- 0,8 % par rapport à 2015).

Les exportations françaises vers la Chine sont dynamiques

Sur les deux premiers mois de l’année 2017, les exportations françaises sont majoritairement en baisse. C’est le cas en particulier des poudres de lait écrémé. Les exportations de poudre de lactosérum diminuent de 10 % et celles de caséines et caséinates, après avoir doublé en 2016, se replient de 3 % sur les deux premiers mois de 2017. Les exportations des autres produits baissent également mais de façon moins marquée. Seules les exportations totales de fromages restent stables.

Les exportations vers les pays tiers augmentent, notamment vers la Chine, mais ne permettent pas de compenser les pertes de marché avec la Russie, dont l’embargo a été prolongé jusqu’à la fin de 2017. En janvier 2017, la Chine continue de réduire ses importations (à l’exception du lactose) toutes origines confondues mais la France tire son épingle du jeu. Les ventes de desserts lactés de longue conservation sont multipliées par quatre sur janvier et février, celles de poudre de lait écrémé augmentent de 50 % et celles de crème conditionnée de 21 %.

Sur les deux premiers mois de 2017, l’Algérie, qui constitue un débouché important pour les produits français, réduit ses achats de poudres de lait de 27 % par rapport à la même période en 2016. Les ventes de fromages se réduisent sur les deux premiers mois de l’année (–60 %), sur un marché algérien qui reste marginal. Les exportations de desserts lactés progressent de 38 %.

Le beurre au plus haut, la poudre de lait écrémé en chute

Faisant suite au recul de la collecte, et malgré une demande atone, les cours des produits laitiers français se redressent à partir du second semestre de 2016. Les situations sont cependant très différentes selon les produits.

Le prix du beurre s’envole depuis le mois d’août 2016, à l’image du cours européen. Lors de la dernière semaine de mars, il atteint 4 375 €/t, soit une hausse de 80 % par rapport à la même période de 2016. Le prix français de la poudre grasse augmente fortement lui aussi mais il tend toutefois à diminuer légèrement depuis février.

Pour la poudre de lait écrémé en revanche, le marché n’est pas encore revenu à l’équilibre. Le cours est reparti à la hausse depuis août 2016 atteignant même un pic en janvier 2017, mais il se replie depuis, pénalisé par des stocks très importants.

Les mesures d’intervention publique resteront ouvertes jusqu’en septembre 2017 pour la poudre de lait écrémé, dont le niveau de prix se rapproche du prix d’intervention. En février 2017, le niveau des stocks publics de poudre de lait écrémé s’établit à environ 350 000 t, soit le niveau le plus élevé depuis 1991. La France est le premier pays bénéficiaire de ces mesures.

Les mesures de stockage privé de beurre et de poudre de lait sont, quant à elles, closes respectivement depuis septembre 2016 et février 2017.