Le syndicat accueillait une quarantaine de personnes chez Sylvie et Benoît Colas, à Lectoure (Gers), ce 10 janvier 2017. Pour lui, la question est de savoir ce que veulent les agriculteurs en filière longue, qui « souffrent de voir leurs bêtes partir à l’équarrissage » et leur image encore une fois salie. Et si l’État – et les contribuables – accepteront encore longtemps d’indemniser les pertes. La Confédération paysanne demande d’ailleurs la mise en place de cellule de soutien psychologique pour les éleveurs.

« Au bout d’un système »

« On est arrivé au bout d’un système, estime Laurent Pinatel, le porte-parole du syndicat. Cette deuxième crise aviaire, malgré les mesures de biosécurité qui ont été prises l’année dernière, montre bien que les méthodes très industrielles appliquées à l’accouvage, à l’élevage et au gavage, impliquant une segmentation des étapes de production et une multiplication des transports (aliment, prêts à gaver, abattoir…) sont préjudiciables pour la filière. »

« Le modèle autarcique qui regroupe l’activité, du caneton au produit fini, sur une même ferme est plus sûr, insiste-t-il. De plus, la concentration de l’activité de palmipèdes gras dans le Sud-Ouest favorise le développement de la maladie à chaque épisode de grippe aviaire. » La Confédération paysanne accuse les transporteurs d’avoir plus largement propagé le virus que les oiseaux sauvages.

Transportés « dans des cages non couvertes »

« Encore aujourd’hui, pour apporter les canards à détruire à l’abattoir, ceux-ci voyagent dans des cages non couvertes, d’où tombent fientes et plumes. Pour aller vite, les cages et les véhicules qui les transportent sont-ils bien nettoyés avant de repartir vers une autre exploitation, comme prévu dans les mesures de biosécurité ? » La question se pose.

« Dans un premier temps, nous demandons l’arrêt de l’obligation de confinement des animaux, car les bâtiments ne sont pas faits pour cela et l’on sait que le virus peut passer par la ventilation, poursuit Laurent Pinatel. Nous voulons aussi que les éleveurs soient indemnisés, à la hauteur de leurs pertes et de la qualité qu’ils produisent. »

Enfin, la Confédération paysanne souhaite qu’un dialogue s’engage avec la filière. Elle compte aussi peser sur les négociations de la Pac pour que les milliards d’euros distribués permettent de soutenir un autre type d’agriculture. « On pourrait imaginer créer des couvoirs locaux pour développer des races de canards plus rustiques qui résistent mieux aux virus », propose Roxanne Mitralias, en charge des questions sanitaires au syndicat.

Florence Jacquemoud