Les premiers canetons sont en place depuis le 16 mai 2016, dans huit élevages sur dix, et les premiers canards arriveront sur les chaînes d’abattage à la mi-août. Mais le Comité interprofessionnel du foie gras (Cifog), qui tenait une conférence de presse à Paris le 28 juin 2016, sait d’ores et déjà que la production annuelle dégringolera de 25 %.

« Il faudra deux ans pour que la filière se remette de ces quatre mois d’arrêt de la production imposés par la grippe aviaire », estime Jean-Jacques Caspari, président de la commission de la communication. Et la facture est salée : près de 500 millions d’euros, en globalisant le préjudice de l’arrêt de la production, estimés à 270 millions d’euros, et les investissements nécessaires au redémarrage des couvoirs et des élevages dans le respect des règles de biosécurité. « Désormais les éleveurs travaillent en bande unique, car ils doivent séparer les animaux par classe d’âge, et se changer à chaque visite de lots différents », précise Christophe Barrailh, président du Cifog.

« Les 130 millions d’euros promis par le ministère de l’Agriculture seront cofinancés par l’Europe, explique Marie-Pierre Pé, déléguée générale du Cifog. Sur les 2 580 dossiers déposés à FranceAgriMer, la moitié a été indemnisée. » Si le Cifog s’en félicite, il regrette qu’il n’en soit pas de même pour l’aval. Du 2 mai au 15 août 2016, les usines ne fonctionnent pas, et les pertes sont estimées à 140 millions d’euros. Ce sera au marché de les compenser. « C’est une injustice », s’exclame Christophe Barrailh, le président du Cifog.

Balance commerciale à zéro

À chaque problème sanitaire, son lot de frontières fermées. Et la grippe aviaire ne déroge pas à la règle. Si en 2015, les exportations de foie gras cru s’étaient déjà repliées de 76 tonnes, elles affichent déjà une chute de 128 tonnes sur les quatre premiers mois de 2016. Pour le foie gras transformé, la baisse est de 88 tonnes.

« D’ici à la fin de l’année, ce sont 1 500 tonnes qui ne trouveront pas de débouché à l’international, estime Marie-Pierre Pé. Pendant ce temps, en Bulgarie et en Hongrie, la production se développe. Le risque, c’est qu’ils prennent nos parts de marché, là où nous ne pouvons aller. En Asie, par exemple. » Et conséquence, la balance commerciale risque de tomber à zéro, alors qu’elle affichait 56 millions d’excédent en 2015.

Hélène Chaligne