Dans un communiqué daté du 26 septembre, l’association de protection des animaux Compassion in world farming (CIWF) révèle une enquête sur les conditions de transport des animaux exportés vers la Turquie. « Après plusieurs milliers de kilomètres, les animaux exportés vivants vers la Turquie se retrouvent bloqués pendant parfois des jours et des nuits à Kapikule, la frontière turque, enfermés dans les camions », dénonce-t-elle, assurant que certains sont déshydratés, blessés.

C’est en juin dernier que les enquêteurs des associations Animal welfare foundation, Eyes on animals et Tiershutzbund Zurich ont fait le déplacement jusqu’à Kapitul. Les images tournées sont diffusées en France en exclusivité par CIWF. Les équipes comptent environ 200 camions chargés d’animaux venant de France, d’Allemagne, d’Estonie, d’Italie, et de Lituanie, qui ont passé la frontière entre la Bulgarie et la Turquie entre le 23 et le 29 juin. Elles ont inspecté 109 d’entre eux.

Selon le CIWF, les animaux restent bloqués souvent plusieurs jours, enfermés dans les camions, « piétinant leurs excréments, respirant l’ammoniac qui s’en dégage, sans assez d’espace pour se coucher ou même se mouvoir. Les températures dans les camions peuvent atteindre 38 °C. Il n’y a pas de zones ombragées à la frontière, et les systèmes d’abreuvement ne sont souvent pas adaptés ou souillés. Ne pouvant boire, ils se déshydratent très rapidement. Ils lèchent désespérément les barreaux, les grilles, et certains en viennent à se nourrir au sol, de leurs excréments. Les animaux malades ou trop fragilisés sont laissés à leur propre sort. Ceux succombant à leurs souffrances sont laissés tels quels au milieu de leurs congénères. »

La Commission et les Etats-membres accusés

CIWF assure que les réglementations à la frontière entre l’Union européenne et la Turquie ne sont pas respectées. « Ni la Commission européenne, ni les États membres n’interviennent, » accuse-t-elle. Pourtant, la Commission européenne, elle-même, semble partager l’avis de l’association. Elle a publié le 30 juin dernier une piqûre de rappel aux services vétérinaires sur les conditions à respecter pour l’exportation d’animaux vivants vers les pays tiers. Pourquoi ? Elle a constaté des manquements au bien-être animal.

Le règlement européen protégeant les animaux transportés s’applique même au-delà des frontières de l’Union Européenne. « La responsabilité des autorités françaises est donc engagée sur l’intégralité du transport des animaux, jusqu’à leur destination finale », ajoute l’association.

La solution du CIWF

Tandis que la filière viande bovine bataille pour retrouver son débouché turc, le CIWF souhaite que les exportations en vif cessent. « Elles ont été temporairement réduites en raison de la fièvre catarrhale ovine (FCO), mais les négociations ont repris cet été avec les autorités turques pour que la France puisse renforcer ses exportations vers la Turquie, regrette-t-elle, tout en sachant que de nouvelles discussions en ce sens auront lieu pendant le Sommet de l’élevage.

L’association, dont l’objectif est d’améliorer les conditions de vie des animaux et non d’appeler les populations à cesser de consommer de la viande, propose de remplacer le commerce européen d’animaux vivants par l’exportation de carcasse. « Déjà, 115 eurodéputés soutiennent cette campagne et demandent, à nos côtés, la fin de ces exportations », assure CIWF.

Hélène ChaligneJournaliste - Service Élevage