Entre l’impact de l’élevage sur l’environnement, la biodiversité et les paysages, les polémiques sur le bien-être, la qualité des aliments, « l’occidentalisation » des régimes alimentaires vers une alimentation plus riche en lait, viandes et œufs, mais aussi le patrimoine gastronomique… L’élevage est au centre d’attentes fortes mais aussi de critiques féroces de la part de la société.

Les « bouquets de services » rendus par l’élevage

Les chercheurs entendent proposer des arguments étayés, loin des polémiques, « en faisant le point sur l’état des connaissances scientifiques » en bovins, ovins, caprins, porcins et volailles. Ils ont étudié, pour chaque filière, les marchés, l’emploi et le travail, les intrants, l’environnement et le climat, et les enjeux sociétaux et culturels.

Face à la complexité de tous ces paramètres et leurs interactions, les chercheurs ont raisonné par « bouquets de services », une approche inédite pour rendre compte des synergies et antagonismes entre impacts (dégagement de gaz à effet de serre, pollution de l’eau, concurrence avec l’alimentation animale, zoonoses…) et services (produits alimentaires, séquestration du carbone, entretien des paysages, biodiversité, patrimoine gastronomique, emploi…) de l’élevage. Cette notion de « bouquets de services » a enthousiasmé les invités étrangers, l’Allemande Reinhild Benning de l’ONG GermanWatch, et le Néerlandais Martin Sholten, de l’université de Wageningen.

Dégager des leviers d’action

Trois grandes catégories ont été dégagées, ainsi que des leviers d’action potentiels pour en corriger les aspects négatifs :

  • Les territoires à haute densité animale, fournisseurs d’emplois et alimentant les marchés mais dégradant l’environnement et consommateurs d’intrants ;
  • Les zones où cohabitent cultures et élevage, moins impactants pour l’environnement et davantage pourvoyeurs en services, mais moins fournisseurs d’emplois ;
  • Les territoires herbagers, nettement moins impactants pour l’environnement et pourvoyeurs en services, mais moins fournisseurs d’emplois et sur les marchés, et consommateurs d’intrants.

Quant à la question « L’élevage coûte ou bien rapporte ? », l’expertise ne compte pas la trancher. La réponse dépendra des objectifs des politiques publiques, et le rapport est là pour l’aider dans son analyse.

« Le renouveau de l’élevage » au menu de l’Inra

Philippe Mauguin, le PDG de l’Inra, a conclu le colloque en rappelant « qu’il n’y a pas UN élevage, mais DES élevages, avec des types plus ou moins adaptés selon les territoires. Parmi les orientations stratégiques de l’Inra pour 2025, l’un des plus importants, en matière d’enjeux sociétaux, figure le renouveau de l’élevage. Il faut transformer les questions posées par la société – sur le changement climatique, le bien-être, les enjeux sanitaires et nutritionnels… – en défis. Pour cela, il faut s’appuyer sur les leviers d’action identifiés par cette étude. Nous devons nous fixer des objectifs ambitieux sur le changement climatique, les questions sanitaires et nutritionnelles, le revenu des agriculteurs… Tout cela figure au menu des dix prochaines années de l’Inra. »

E.C.