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Bigard et Lactalis, les rois de la transparence

Maxence Bigard devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale le 14 septembre 2017. © Assemblée nationale

Ce fut un peu la douche froide pour les députés hier. Ils auditionnaient Maxence Bigard, le fils de Jean-Paul Bigard, P.-D. G du groupe du même nom, et Michel Nalet, le directeur des relations extérieures de Lactalis.

Les députés attendaient des réponses de Maxence Bigard pour éclairer leur lanterne sur le fonctionnement de la filière de la viande. Ils sont restés sur leur faim. Au point que Roland Lescure, le président de séance, a conclu la rencontre en remerciant l’intervenant mais en reconnaissant qu’il aurait « aimé que les réponses soient plus loquaces ».

Un Bigard peut en cacher un autre

« Ce rapport, j’en prends acte. Je prends acte de vos questions également », répond Maxence Bigard à la première salve de questions. Parmi elles, celle posée par François Ruffin concernait un rapport sur les conditions de travail des salariés dans un abattoir de la Somme. « On est dans “le Parrain” ou on est dans une commission d’audition à l’Assemblée nationale ? », s’exclame le député de la France Insoumise.

Autre question restée sans réponse, celle de Richard Ramos, du Modem : « J’ai essayé de voir vos comptes et a priori, ils ne sont pas publiés, lance Richard Ramos, député du Modem, à Maxence Bigard. Est-ce moi qui aie un problème avec l’informatique ou est-ce que vos comptes ne sont pas publiés comme la loi oblige les entreprises à le faire ? »

« Nous sommes ici dans la fabrique de la loi, reprend-il face à l’absence de réponse. La loi vous oblige à déposer vos comptes. Vous ne répondez pas à la question. Donc je considère que votre non-réponse est une réponse. Comment voulez-vous qu’on puisse travailler avec vous sur de la transparence si vous-même, devant la représentation nationale, vous ne répondez pas à nos questions ? »

Un Lactalis, même refrain

Interrogé à sa suite, le représentant de Lactalis refuse lui aussi fermement de divulguer les comptes du groupe. « En quoi la connaissance détaillée des comptes consolidés ou des marges du groupe permettrait une discussion plus sereine sur le prix du lait ? » interroge Michel Nalet, le directeur de la communication et des relations extérieures de Lactalis.

Michel Nalet, directeur des relation extérieures chez Lactalis. © © Assemblée nationale

« Nous sommes en concurrence assez féroce en Europe », poursuit-il, en rappelant que le groupe exporte 40 % de sa collecte, est « présent dans 47 pays », et « paye ses impôts en France. L’administration fiscale connaît nos comptes […]. Je ne crois pas que la publication des comptes permet au producteur d’avoir un meilleur revenu à la fin du mois, ce qui permet d’avoir un meilleur revenu c’est que les prix augmentent et que le marché soit plus porteur. »

Sensibles à la forme plus avenante, après le mutisme de M. Bigard, les députés ont fini par applaudir Michel Nalet, simplement pour ne pas avoir éludé les questions. La loi Sapin 2, votée sous le gouvernement précédent, oblige les groupes agroalimentaires à rendre publics leurs comptes.

Avec l’AFP
La Confédération paysanne monte au créneau

La Confédération paysanne a rebondi ce 15 septembre 2017 à la prestation de Maxence Bigard, devant les députés. Ou plutôt à l’absence de réponse. « La société Bigard nous a rappelé hier que les industriels de l’agroalimentaire ne sont pas nos alliés, lance le syndicat dans son communiqué. Seul un dispositif législatif et coercitif, décidé dans le cadre des États-généraux de l’alimentation, permettra de rééquilibrer le rapport de force. »

Pour la Confédération paysanne, si le groupe Bigard peut se permettre de ne pas répondre aux députés, c’est parce qu’il « est incontournable dans le secteur de l’abattage-découpe en France. L’opacité dont a fait preuve hier le numéro 2 du groupe, Maxence Bigard, n’est pas nouvelle et découle directement des immenses marges de manœuvre que sa position dominante lui confère. »

Le syndicat en profite pour tacler la FNSEA, et en particulier sa présidente : « Comment Mme Lambert peut-elle croire que, face à de telles entreprises, il suffira de “retisser la confiance” pour redonner du revenu aux paysan(/-ne)s ? Les États-généraux de l’alimentation doivent se conclure par une loi interdisant l’achat de la production agricole en dessous du prix de revient. »

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