Dans ses nouvelles lignes directrices publiées le 7 novembre 2017, l’OMS défend « une réduction globale de l’utilisation de toutes les classes d’antibiotiques importants pour la médecine humaine chez les animaux de rente ». Elle prône « une restriction complète de l’utilisation de ces médicaments en tant que promoteurs de croissance et à titre préventif en l’absence de diagnostic ».

Pas d’antibiotique pour les animaux sains

« Les animaux sains ne devront recevoir d’antibiotiques que pour prévenir une maladie diagnostiquée chez d’autres animaux du même troupeau, du même élevage ou de la même population dans le cas des poissons », stipule-t-elle. L’OMS espère ainsi « préserver l’efficacité des antibiotiques importants pour la médecine humaine en réduisant leurs usages inutiles chez l’animal ».

Dix millions de décès par an

D’après l’agence onusienne, l’utilisation excessive ou inadaptée d’antibiotiques chez l’homme et l’animal contribue à l’amplification de la menace émanant de la résistance aux antibiotiques. Or ce phénomène pourrait causer dix millions de décès par an d’ici à 2050, selon une étude britannique récente.

Les recommandations de l’OMS se basent sur des dizaines de rapports d’experts et sur une étude publiée mardi dans la revue The Lancet. Cette étude a montré que la restriction de l’utilisation d’antibiotiques chez des animaux de rente destinés à l’alimentation humaine parvenait à une réduction de la présence de bactéries résistantes chez ces animaux allant jusqu’à 39 %.

Un danger mondial

La résistance aux antibiotiques, également appelée l’antibiorésistance, survient lorsqu’une bactérie évolue et devient résistante aux antibiotiques utilisés pour traiter les infections. Ce fléau est surtout lié à la surconsommation d’antibiotiques et à leur mauvaise utilisation par l’homme mais aussi par les éleveurs, selon l’OMS.

« Un manque d’antibiotiques efficaces est une menace pour la sécurité sanitaire aussi grave qu’une flambée soudaine d’une maladie mortelle », affirme le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

« Le volume d’antibiotiques utilisés chez les animaux continue de croître partout dans le monde, sous l’effet de la demande grandissante en aliments d’origine animale, provenant souvent d’élevages intensifs », déplore Kazuaki Miyagishima, directeur du département de la sécurité sanitaire des aliments à l’OMS.

Modifier les pratiques d’élevage pour remplacer les antibiotiques

Pour remplacer les antibiotiques dans la prévention des maladies chez l’animal, l’OMS propose d’améliorer l’hygiène, l’utilisation des vaccins et de modifier les pratiques d’hébergement et d’élevage des animaux. Par ailleurs, l’OMS demande que les antibiotiques administrés aux animaux malades soient sélectionnés parmi ceux recensés par l’OMS comme les « moins importants » pour la santé humaine. Depuis 2005, l’agence publie une liste d’antibiotiques d’importance critique pour la médecine humaine, afin d’encourager une utilisation prudente de ces médicaments pour préserver leur efficacité.

AFP