En comptabilisant sa prime exceptionnelle, Lactalis propose à ses livreurs bretons un prix proche de 255 €/1 000 l pour le mois de juillet. Le leader mondial prévoit cependant de rattraper son retard sur les autres au dernier trimestre. Savencia enregistre, quant à elle, une chute vertigineuse, près de 20 €/1 000 l, après la suppression de la prime de réduction de collecte au troisième trimestre.

Comme justification, Savencia avance qu’« elle ne peut plus se permettre de continuer ses efforts » dans l’état actuel du marché, explique un éleveur. Ainsi, le prix annoncé pour le prochain trimestre par la laiterie est de 269 €/1 000 l en Bretagne Pays de la Loire et 266 €/1 000 l en Basse-Normandie, bien que les organisations de producteurs (OP) n’aient pas signé. Certaines laiteries plus petites proposeraient même 245 €/1 000 l, quand les entreprises les plus rémunératrices sont encore au-dessus de 300 €/1 000 l.

« On va crever en silence dans la plus grande indifférence »

« Lactalis peut se permettre d’acheter Graindorge d’un côté, mais se dit obligé de baisser de 8 €/1 000 l le prix du lait », déplore un éleveur. Du côté de Savencia, c’est la réception organisée pour les 60 ans du fromage Caprice des Dieux qui fait grincer des dents. Les éleveurs de l’APLBG (Association des producteurs de lait Bongrain Gérard) dans l’Est ont du mal à comprendre qu’on leur offre du champagne quand la paie de lait est si réduite. « Chacun fait ses calculs dans son coin. On sait que ce sont un tiers des producteurs qui ne tiendront pas », confie l’un d’eux.

Lettre ouverte à Emmanuel Besnier

Le 7 juillet 2016, le syndicalisme majoritaire a réagi dans une lettre ouverte adressée au patron de Lactalis, Emmanuel Besnier. « Les dernières annonces de prix du lait payé à vos producteurs soufflent un vent de panique et d’inquiétude dans les campagnes. Elles attisent une colère grandissante des producteurs vis-à-vis du groupe que vous dirigez », débute la lettre cosignée par les présidents des FRSEA Bretagne, Pays de la Loire, de la FRSEAO section laitière et de JA Bretagne et Pays de la Loire. « Nous attendons plus d’un groupe comme le vôtre. Il ne peut être grand s’il se conduit avec petitesse avec les producteurs. Il ne peut être grand s’il entraîne la filière dans une spirale à la baisse », continuent-ils.

La réponse de l’industriel n’a pas tardé. Le 7 juillet 2016, en fin d’après-midi, dans un communiqué de presse, il réaffirme « sa volonté de prendre en compte les difficultés des producteurs laitiers livrant l’ensemble de ses sites. Dans ce contexte, le Groupe Lactalis souhaite rappeler que ceci se traduit depuis le début de l’année 2016 par un soutien financier allant au-delà des conditions contractuelles et, en particulier pour le mois de juillet, ce soutien représente un complément de prix de 30 €/1 000 l sur le prix de base. Ces compléments [...] mis en place pour tenir compte d’une crise laitière qui dure depuis près de dix-huit mois [ont conduit le Groupe Lactalis à payer le lait à un prix de 15 à 20 % plus élevé que celui des principaux concurrents européens. »

M.B.