Le projet Accept (Acceptabilité des élevages par la société en France), qui recense les controverses sur l’élevage en France, progresse (1). Le 25 janvier 2017, les résultats du sondage réalisé en juin 2016 par l’Ifop pour Accept auprès de 2 000 Français étaient présentés à la maison de l’élevage (2).

Pas besoin de connaître pour avoir un avis

Si 57 % des Français disent mal connaître l’élevage, les deux tiers sont intéressés par des reportages et articles sur l’élevage. Et ne pas connaître l’élevage n’empêche pas d’avoir un avis : 40 % des personnes interrogées se disent satisfaites de l’action des éleveurs sur l’environnement, mais seuls un tiers le sont des conditions d’élevage.

Interrogés sur leur consommation de viande, 2 % se déclarent végétariens ou végans ; 14 % envisagent de cesser de manger de la viande (26 % chez les moins de 25 ans) ; 18 % veulent diminuer leur consommation de viande. Et 68 % continueront comme avant. À l’heure où flambent les polémiques sur les abattoirs, 78 % trouvent normal de tuer un animal pour sa viande, 11 % le jugent immoral.

La première mesure plébiscitée pour améliorer la vision que les citoyens français ont de l’élevage, c’est d’« offrir à tous les animaux élevés en France un accès au plein air », puis de « renforcer les réglementations en matière de bien-être animal », les réglementations en matière de sécurité sanitaire des produits. Et enfin de développer les signes de qualité (bio, AOC…).

Cinq visions de l’élevage

Cinq visions de l’élevage se dégagent de cette enquête : sur 100 personnes, deux sont abolitionnistes, 24 alternatifs, 51 optimisateurs, 10 compétiteurs, 3 n’ont pas d’avis. En bref, les abolitionnistes souhaitent l’arrêt de l’élevage. Les alternatifs prônent le bio, les circuits courts et la fin l’élevage intensif. Les optimisateurs soutiennent la diversité des systèmes et l’optimisation de la production standard. Enfin, les compétiteurs privilégient la compétitivité et l’exportation.

Déjà en alerte

Les responsables professionnels présents à cette restitution ont rappelé les efforts déjà faits pour endiguer la déferlante des controverses. Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL, prônait la transparence et l’ouverture des élevages. Bruno Dufayet, président de la commission des enjeux sociétaux de la FNB et d’Interbev, soulignait qu’au-delà de la transparence, les pratiques des éleveurs bougent et vont bouger pour tenir compte de certaines remarques du public et de l’évolution des connaissances sur le bien-être animal.

Jacques Crolais, directeur de l’UGPVB, présentait le livret édité en 2014 par le comité porcin Bretagne sur les indicateurs économiques et sociaux, mais aussi environnementaux et sociétaux pour un développement durable de la production porcine bretonne. La filière bretonne travaille actuellement, à l’image de ce qui se fait déjà en Allemagne, sur un cahier de charges avec engagement volontaire, à géométrie variable suivant le désir de chaque éleveur, avec une prime proportionnelle aux engagements de chacun.

« Mais il manque encore l’aval de la distribution pour la collecte de quelques centimes de contribution citoyenne sur les produits », estime Jacques Crolais. Enfin, Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, rappelait que l’ensemble des filières s’est associé pour publier, il y a deux ans, un document sur toutes les mesures existantes en matière de bien-être prises sur le terrain. Tous ont dit travailler avec les associations de défense animale, en tout cas les associations « welfaristes » qui recherchent le bien-être animal.

« Le débat avec les associations abolitionnistes qui veulent la fin de l’élevage, n’a pas de sens », souligne Christiane Lambert. Il faut dire que ces associations ne cherchent même pas le contact avec les éleveurs. Dans l’assistance Alois Vuillermet, charge d’études à Welfarm (protection mondiale des animaux de ferme) regrette : « Nous sommes welfaristes. Nous travaillons sur cette question depuis longtemps, dans le dialogue, sans avoir été entendus. La question a explosé médiatiquement quand les abolitionnistes se sont exprimés à leur façon. Toutes les filières aujourd’hui sont concernées. Pourtant, les filières de petits ruminants sont assez silencieuses. »

L’étude d’Accept va se poursuivre encore un an. Une nécessité absolue pour l’élevage quand on voit monter toujours plus de controverses, en particulier à propos de la mort des animaux. Une autre étude, présentée lors des mardis du Cniel et réalisée par l’Ocha dans le cadre du colloque « Tais-toi et mange » apporte un éclairage complémentaire. Jean-Pierre Poulain, le directeur scientifique de cette présentation, le soulignait : « Il faut chercher le consensus mais aussi entrer dans la controverse. Et celle qui monte sur la mort des animaux demande d’affûter d’autres arguments. Parler de transparence ne suffira pas. »

Marie-Gabrielle Miossec

(1) Partenaires du projet Accept : Itavi, Idèle, Université Rennes 2, Agrocampus, Inra, Crab, Trame, UGPVB, Legta Brioude et Le Rheu. Financeurs : Casdar thèse : ANRT, Ifip, Itavi, Idèle, Casdar.

(2) Mènent cette étude : Elsa Delanoue, doctorante en sociologie (Université Rennes 2 – ITA) qui travaille en lien avec Christine Roguet (Ifip-Institut du porc), Delphine Neumeister (Idele), Pascale Magdelaine (Itavi), Anne-Charlotte Dockès (Idele).