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« Les distributeurs se comportent très mal »

La remontée du cours du porc aurait dû faire jouer les clauses de renégociation avec les distributeurs. Mais selon la Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs et transformateurs de viandes, la distribution fait la sourde oreille.

« L’embellie du prix du porc était indispensable aux éleveurs et aux abatteurs, a assuré Robert Volut, président de la Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs et transformateurs de viandes (Fict), le 21 juin 2017 lors d’une conférence de presse à Paris. Mais nous représentons 75 % de la production de viande de porc, et si le principal marché que nous sommes va mal, il risque d’y avoir des répercussions sur l’amont. »

Selon la Fict, le prix des pièces de découpe de porc a flambé de 23 %, et les marges des industriels s’effondrent. Mais la Fict tient à clarifier sa position : la hausse des prix est une bonne chose. Ce qu’elle déplore, c’est l’immobilisme de la grande distribution, qui ne joue pas le jeu de la renégociation des tarifs.

« Les grandes centrales d’achat ont pour la plupart refusé les prix qui leur ont été proposés, affirme Robert Volut. Pour les lardons par exemple, le tarif de la poitrine est monté de 44 %. La matière première représentant la moitié du prix, il aurait fallu augmenter les tarifs de 25 % pour conserver les marges. Ce qui, malheureusement, n’a pas pu être fait. » La Fict aurait essuyé un refus au moment des négociations annuelles, et au moment des renégociations de contrats des marques de distributeurs.

La Fict assure avoir sensibilisé, depuis plusieurs mois, les dirigeants des grandes enseignes de la distribution, ainsi que les pouvoir publics, sur la fragilisation de l’industrie porcine. Faute de réactions, elle a également saisi le médiateur des relations commerciales agricoles, afin que soient appliquées les clauses de renégociation telles que prévues par le code du commerce. « Nous sommes dans une situation économique très compliquée, très défavorable, et je crains que les résultats de certaines entreprises en France soient si bas que l’emploi et l’investissement en pâtissent », dit Robert Volut.

Deux volets abordés aux États-généraux de l’alimentation

Aux États généraux de l’alimentation, la Fict entend défendre deux volets, que sont l’économie et l’attente des consommateurs. S’agissant du premier, elle attend que des sanctions soient prises envers les distributeurs qui ne respectent pas la loi de modernisation de l’économie (LME) ni les lois du commerce. « On avait une clause de revoyure que les distributeurs ont dévoyée, dénonce Robert Volut. C’est-à-dire qu’ils ont mis des conditions inatteignables, qui de fait n’ont pas pu être remplies. C’est bien sûr un rapport de force de la distribution face aux fournisseurs. » Aussi la Fict attend des États-généraux de l’alimentation qu’ils défendent sa liberté d’appliquer ses tarifs.

La Fédération pointe également du doigt le problème de la concurrence entre les enseignes. « Il y a un nombre de zones de chalandise dans ce pays où la concurrence entre les enseignes nous semble problématique, reprend Robert Volut. Cela soutient le rapport de force parfois abusif entre nos clients et les PME. Ces dernières, même s’il y a des grandes marques, sont souvent en position de faiblesse. »

Traiter les sujets au niveau interprofessionnel

S’agissant des attentes du consommateur, la Fict rappelle que le débat touche chaque maillon de la filière. « Il y a beaucoup de sujets, tels que la bien-traitance et la santé animale, la génétique adaptée aux différents produits, l’utilisation des OGM, des additifs… seraient mieux traités au niveau interprofessionnel. »

L’an dernier, la Fict a quitté Inaporc, pour des raisons de gouvernance, et de stratégie. Un an et demi plus tard, Robert Volut s’est réjoui de voir qu’à la dernière assemblée générale de la Fédération nationale porcine (FNP) « le consommateur a été remis au centre du sujet. Car l’exportation n’est pas la seule voie du développement, martèle-t-il. C’est compliqué, parfois peu durable, puisqu’il y a des contingences économiques des acheteurs, et des contingences politiques. » Le tonique marché de la Chine, par exemple, ne durera peut-être pas. C’est pourquoi Robert Volut appelle à ne pas oublier notre propre marché, ou du moins, celui de « l’eurozone ».

Du mouvement à la présidence

Le 1er septembre 2017, Robert Volut cédera sa place de président de la Fict à Bernard Vallat, actuel directeur général honoraire de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

Hélène ChaligneJournaliste web

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