Des prairies telles des paillassons et du maïs qui « grille » sur pied… À l’instar des pays du nord de l’Europe, la France n’échappe pas à l’effet conjugué des pics de chaleur et du manque de précipitations. L’épisode de canicule de ce début du mois d’août ne fait qu’enfoncer le clou dans les régions du Nord et de l’Est, fortement touchées par le dé...
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Des prairies telles des paillassons et du maïs qui « grille » sur pied… À l’instar des pays du nord de l’Europe, la France n’échappe pas à l’effet conjugué des pics de chaleur et du manque de précipitations. L’épisode de canicule de ce début du mois d’août ne fait qu’enfoncer le clou dans les régions du Nord et de l’Est, fortement touchées par le déficit hydrique. « En huit ans d’installation, je n’ai jamais connu un tel manque d’eau », confie Jean-Christophe Grandin, à la tête de 200 vaches laitières dans le nord de l’ Aisne . L’éleveur s’inquiète de la récolte de maïs ensilage à venir. « L’énergie fera défaut, car les épis sont de petite taille. Cette année, nous ensilerons début septembre, contre début octobre en année normale. »

Dans l’Est, l’ensilage n’attendra pas septembre. Dans l’espoir de sauver le maïs d’un dessèchement complet, des chantiers de récolte ont été déclenchés dès le 25 juillet en Lorraine, et début août en Haute-Saône. Les semis tardifs ont été pénalisés par la sécheresse, avec des épis mal fécondés. Un mauvais cru 2018 est à craindre, et des achats collectifs de fourrages s’organisent d’ores et déjà. La FDSEA de Haute-Saône a conduit une « opération paille », et le groupement des agriculteurs biologiques une « opération luzerne ».

« Tout n’est pas perdu »

En région Rhône-Alpes, c’est également le retour aux rations hivernales pour les vaches laitières, et à la complémentation au pré pour les génisses. Les maïs semés précocement ont été ensilés dès les premiers jours d’août, et la majorité des parcelles sera récoltée avant le 1er septembre.

Après un bon départ des maïs, le stress hydrique est arrivé en pleine floraison en Pays de la Loire, avec un potentiel de rendement amputé dans les parcelles non irriguées. « Il manquera des grains », constate Anthony Uijttewaal, responsable du pôle fourrages à la station expérimentale Arvalis de La Jaillière (Loire-Atlantique). Certaines parcelles seront prêtes à ensiler dès ce 10 août.

Toutefois, les dés ne sont pas jetés pour les maïs dont les tiges et les feuilles ne sont pas encore desséchées. « Tant qu’il y a des feuilles vertes au-dessus de l’épi, il y a de l’espoir, assure Bertrand Carpentier, ingénieur spécialiste du maïs fourrage chez Arvalis. C’est notamment le cas en Normandie, en Picardie et en Bretagne. Si la pluie revient, ces feuilles assureront une photosynthèse suffisante pour la poursuite du cycle de la plante et le remplissage des grains. »

Pour ne pas se laisser surprendre par l’évolution de la teneur en matière sèche de la plante, une visite régulière des parcelles est indispensable (lire aussi p. 23). Et si la présence de grains fait défaut, « tout n’est pas perdu en termes de valeur alimentaire », relativise Anthony Uijttewaal. D’après Arvalis, « la digestibilité des maïs ayant subi un stress hydrique autour de la floraison reste bonne, même avec des niveaux de dessèchement importants, à hauteur de 75 % des feuilles récoltables ».

Adapter les espèces

Pour anticiper les épisodes de sécheresse, « les coupes précoces de méteils immatures ou leur récolte en grains assurent de bons rendements, estime Hervé Feugère, de la chambre d’agriculture de la Creuse. Les mélanges de luzerne et de trèfle violet présentent également une bonne résistance au sec. »

En Haute-Vienne, Didier Dussouchaud a opté pour un mélange prairial composé à 1/3 de plantain, 1/3 de luzerne et 1/3 de trèfle violet pour nourrir ses 450 brebis et ses 50 vaches limousines. Au 5 août, l’éleveur disposait encore d’un mois de nourriture, sans affouragement. « La résistance du plantain à la sécheresse m’a conforté dans l’augmentation des surfaces semées, d’autant que quatre des cinq dernières années ont été affectées par le manque d’eau, relève l’éleveur. Ces mélanges m’assurent deux à trois semaines de production supplémentaires par rapport aux autres prairies. Elles ont aussi une meilleure repousse lorsqu’il pleut. »

Après l’intense épisode caniculaire de ce début du mois d’août, le retour de précipitations dans certaines régions sera l’opportunité d’implanter des dérobées, afin d’assurer un stock de fourrages complémentaires (lire l’encadré ci-contre).

Gérer l’eau

Au-delà des choix techniques, le premier semestre de l’année 2018 illustre la difficulté pour le secteur agricole de composer avec des phénomènes météorologiques de plus en plus marqués : pluies abondantes et inondations au printemps, sécheresse et canicule l’été.

À la station expérimentale de Saint-Hilaire-en-Woëvre (Lorraine), les ingénieurs d’Arvalis ont relevé cette année des « conditions climatiques défavorables à la réalisation des chantiers de foin, avec seulement trois jours sans pluie entre le 22 mai et le 14 juin ». Difficile de croire que six semaines plus tard, les premiers maïs de la région étaient ensilés en catastrophe, victimes de la sécheresse.

« C’est une campagne qui montre l’utilité des réserves collinaires », appuie Claude Cochonneau, président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). « Stocker de l’eau pendant l’automne et l’hiver permettrait de limiter les conséquences des inondations de printemps et de rendre disponible la ressource en été », renchérit la FDSEA-JA de Côte-d’Or. Mais le président de l’APCA fait état de « blocages au niveau du ministère de l’Environnement ».

Plus que jamais prégnante, la question du stockage de l’eau soulève la nécessité d’adapter l’aménagement du foncier et les pratiques agricoles. Mais encore faudra-t-il parvenir à faire prévaloir le bon sens et la raison pour avancer sur ce dossier.

La rédaction
Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

Commerce régulier des laitières

Dans le grand Ouest, l’offre progresse ce qui permet aux abatteurs de stabiliser les prix.