C’est précisément parce qu’elle ne veut pas voir le « claquos » « massacré » par l’industrie agroalimentaire que la journaliste et présidente de l’association Fromages de terroirs, Véronique Richez-Lerouge, a dégainé sa plume.

Dans les pages du journal Libération daté du 14 mai 2018, elle titre : « c’est le camembert de Normandie AOP au lait cru qu’on assassine », et délie une longue tribune sur « le plus populaire des fromages tricolores », « né dans les limbes de la Révolution française au cœur du bocage normand ».

Le texte compte parmi ses premiers signataires une trentaine de chefs, dont Anne-Sophie Pic, Emmanuel Renaut, Arnaud Daguin, et Guy Martin, ainsi que des vignerons, des fromagers, et des personnalités telles qu’Ali Badou et Jacques Weber. Ce qu’ils craignent ? Que le célèbre camembert AOP au lait cru bascule dans la pasteurisation. À qui s’adresse-t-ils ? Au ministre de l’Agriculture, et même à Emmanuel Macron.

Une AOP fondue

Le 21 février, l’AOP Camembert de Normandie (fabriqué au lait cru selon un cahier des charges) et les acteurs du camembert « fabriqué en Normandie » (sans cahier des charges) trouvaient un accord pour mettre un terme à un conflit vieux d’une dizaine d’années. Car les deux fromages ne sont pas les mêmes, et pourtant, dans la tête du consommateur, le risque de confusion est grand. Et l’accord trouvé en guise d’armistice fait que, d’ici à 2021, il n’y aura plus qu’un seul et unique camembert de Normandie AOP, qui pourra être élaboré au lait pasteurisé.

« Le’’véritable camembert de Normandie’’ sera un produit de luxe, réservé aux initiés, tandis que la masse des consommateurs devra se contenter d’un ersatz fabriqué selon les méthodes industrielles, dénonce Véronique Richez-Lerouge. Pour les uns, le lait cru, moulé à la louche, aux arômes complexes. Pour les autres, un plâtre pasteurisé mais pouvant néanmoins se réclamer d’une appellation d’origine protégée (AOP) Camembert de Normandie. »

« Modèle économique mortifère de la grande distribution »

Ledit accord apparaît aux yeux de Véronique Richez-Lerouge, qui n’est pas novice en la matière puisqu’elle signait en 2017 l’enquête « Main basse sur les fromages AOP », comme « une victoire pour l’industrie agroalimentaire ». Elle use des mots « honte », « scandale », « imposture ».

Elle martèle que le « plâtre pasteurisé » cité plus haut aura « pour vertu essentielle d’être adaptée au modèle économique mortifère de la grande distribution, autant dire neuf camemberts sur dix (60 000 tonnes contre 5 400 tonnes). L’original sera englouti dans un océan de médiocrité. » Elle ajoute : « A quoi sert l’Inao si un signe de qualité cautionne l’original et sa copie ? »

Hélène ChaligneJournaliste Web