Pas de voix off, ni de musique. Des images de porcs mal en point qui se suivent pendant neuf minutes, avec un descriptif en sous-titre par intermittence. C’est la vidéo que diffusent les associations de protection animale Eurogroup for Animals, Welfarm, la Fondation Brigitte Bardot et L214 depuis la matinée du 26 mars 2018. Réalisée par l’association italienne Lega Anti Vivisezione, elle est clairement à charge contre la production de jambons italiens, dont le célèbre parme.

Trois AOP

Selon Welfarm, qui milite régulièrement contre la castration et la coupe des queues des porcelets, les images ont été tournées entre décembre 2017 et février 2018, en Lombardie (Italie), dans six élevages livrant les AOP Prosciutto di Parma, San Daniele et Toscane. AOP qui, encadrées par un cahier des charges, mentionnent que les élevages doivent « garantir le bien-être animal », ce dont les associations doutent.

« Il est impensable que des produits phares de la gastronomie italienne vendus 40 € le kilo n’imposent pas à leurs producteurs le respect des normes les plus basiques en matière de protection animale, dénonce Welfarm. Les conditions d’élevage révélées par cette enquête sont d’autant plus choquantes que, selon l’Unesco, la ville de Parme a été désignée par la Fondation Qualivita comme étant la meilleure ville italienne en matière de qualité de la production agroalimentaire, et a été choisie pour accueillir le siège de l’Autorité européenne de sécurité des aliments. Le Consortium du jambon de Parme reçoit de plus des subventions de la Commission européenne en participant à trois programmes de promotion dotés de 7,36 millions d’euros. Le bien-être animal n’est hélas pas un critère d’éligibilité. »

Comme en France

Les associations qui ont choisi de diffuser les images listent notamment des hernies abdominales, des prolapsus rectaux, des lésions ulcérées de la queue, des infections oculaires et des cadavres dans les enclos. « Outre les pratiques illégales pointées dans cette vidéo, les images reflètent les conditions d’élevage de la plupart des élevages d’Europe, accuse Welfarm. En France, 95 % des porcs sont élevés en bâtiment, sur du béton, sans un brin de paille, avec tout juste 0,65 m² par animal. Les truies passent un tiers de leur vie en cage et 85 % des porcelets sont castrés à vif. »

Eurogroup for Animals, Welfarm, la Fondation Brigitte Bardot et L214 demandent aux Consortiums des jambons de Parme et San Daniele de « mettre un terme à ces pratiques inacceptables et de prendre de vrais engagements en faveur du bien-être des porcs. » Les assocations attendent également des distributeurs français qu’ils cessent de se fournir en jambons tant que ces engagements ne sont pas respectés.

Hélène ChaligneJournaliste web