Tous redoutent de voir s’imposer des modèles de grandes exploitations intégrées, aux dépens des fermes familiales, de la sécurité alimentaire, des normes européennes et de l’environnement. Ils espèrent mobiliser d’ici au vote en séance plénière du Parlement européen pour approuver la ratification du Ceta, le 1er février. L’application provisoire du Ceta est prévue au 1er mars, avant les votes des Parlements nationaux dont certains n’auront pas lieu avant plusieurs mois.

« Choisir le pire modèle de production »

« La vraie question derrière le Ceta et le Tafta, ce n’est pas la concurrence entre le Canada ou les USA et l’UE, mais le modèle de société dans lequel nous voulons vivre », a averti l’eurodéputé Pascal Durand. Un pont de vue partagé par Sujata Dey, représentante de l’ONG Conseil des Canadiens, qui juge que « le Ceta, ce n’est pas une opposition entre le Canada et l’UE. C’est choisir le pire modèle de production agricole. Dans chaque accord commercial qui est négocié, on choisit toujours les modèles industriels intégrés, contre les exploitations familiales. Et on fait évoluer aussi les habitudes alimentaires des consommateurs vers moins d’exigences qualitatives. »

Sharon Treat, de l’IATP (Institut pour l’agriculture et les politiques commerciales), a averti que le Tafta (ou TTIP) n’était pas enterré avec l’élection de Donald Trump, contrairement à ce que la presse avait annoncé. « Ses conseillers viennent du monde de l’industrie agroalimentaire, celui de la pharmacie, etc. qui soutiennent le TTIP. Le TTIP, c’est plus de concentration et plus d’intensification. Il va faire la promotion de l’agriculture sur le modèle américain. »

Dans ce pays, le secteur de la viande est extrêmement intégré, avec une très forte concentration tout au long de la chaîne alimentaire et des prix moins chers car ils ne prennent pas en compte les externalités négatives de la production (pollutions) et ne sont pas soumis à des contraintes réglementaires environnementales, sanitaires ou encore de bien-être animal.

Sharon Treat signale également que de nombreuses entreprises américaines ont des filiales au Canada, ce qui leur donnera la possibilité de bénéficier des ouvertures négociées dans le Ceta.

E.C.