L'électorat agricole se distingue par « un solide ancrage à droite et une pénétration nouvelle des thèmes portés par l'extrême droite », constatent deux chercheurs associés à SciencesPo (1).

L'électorat agricole peut être estimé à 3 millions d'inscrits, soit environ 8 % du corps électoral. Se déplaçant plus volontiers aux urnes que le reste de la population, son influence s'en trouve renforcée.

Le vote agricole se distingue par un « ancrage à droite » également perceptible chez les autres travailleurs indépendants. « L'examen de l'évolution de la proximité partisane entre 1999 et 2009 illustre une croissance de l'assise de l'UMP chez les agriculteurs avec un étiage proche de 45 %. L'UMP est clairement le parti majoritaire chez les agriculteurs, loin devant le PS dont le score n'atteint pas 20 % ».

« Le legs chiraquien, toujours vivace dans les campagnes, profite davantage au parti qu'au président lui-même », notent les auteurs, en soulignant que « la cote de popularité de Nicolas Sarkozy chez les agriculteurs est passée, entre mai-août 2007 et février 2010, de 87 % à 47 %, tout en gardant un différentiel de 10 points supérieur à la moyenne nationale ».

La « réticence » traditionnelle de l'électorat agricole à l'égard de l'extrême droite a été « contrariée en 2002, année où Jean-Marie Le Pen atteindra 22 % des suffrages chez les agriculteurs, contre 10 % en 1988 ». Pour les auteurs, « il s'agit là d'un virage qui ne marque pas un ralliement massif au vote lepéniste mais témoigne d'une pénétration durable des thèmes portés par l'extrême droite au sein des mondes agricoles ».  

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(1) « Les mondes agricoles: une minorité éclatée, ancrée à droite », Bertrand Hervieu et François Purseigle, Cevipof (Centre de recherches politiques de SciencesPo)

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B.Co.