Les résultats de l'étude Ecophyto R&D sur la réduction de l'usage des pesticides présentés jeudi par l'Inra a suscité des réactions contrastées de la part des agriculteurs, de l'industrie phytosanitaire et des écologistes.

Le plan Ecophyto 2018 lancé par le gouvernement à la suite du Grenelle de l'environnement vise à réduire, si possible de moitié l'usage de produits phyto d'ici à 2018. L'Inra a présenté les résultats de l'étude Ecophyto R&D qui a porté notamment sur différents itinéraires culturaux.

Pour l'union des grandes cultures, Orama, « la recherche doit fournir des solutions réalistes ». La quasi-totalité des scénarios présentés par l'Inra « aboutissent à une diminution de la production », constate l'organisation syndicale.

« Même limitée, à 6 % par exemple, dans l'hypothèse intermédiaire de 30 % de réduction des pesticides, une régression des récoltes françaises serait contraire à l'objectif de produire plus assigné à l'agriculture par les pouvoirs publics conjointement à celui de produire mieux », estime-t-elle.

« La diminution de la production ne peut être une tendance à prendre face aux enjeux globaux de la sécurité alimentaire et du développement des matières premières durables », insiste Orama.

« En même temps que les exploitations doivent continuer à améliorer leurs pratiques, la recherche doit poursuivre ses efforts pour apporter des solutions répondant véritablement à la commande des pouvoirs publics : produire plus et mieux », conclut-elle.

La Confédération paysanne affirme, quant à elle, que « la réduction de l'utilisation des phytosanitaires ne peut pas être subie comme une contrainte mais comme un enjeu à relever ». Elle souligne que les produits phytosanitaires ont « des effets pervers » pour la santé des utilisateurs, la santé humaine et animale, la qualité des produits et l'environnement.

L'organisation écologiste France Nature Environnement s'est « félicitée » des résultats du rapport Ecophyto R&D.

« L'objectif de réduction de 50 % du recours aux pesticides est plus que jamais d'actualité, à condition de faire évoluer en profondeur les systèmes agricoles. Dès à présent, une baisse de 30 % est possible sans bouleversement majeur des systèmes de production », affirme-t-elle.

L'Union des industries de la protection des plantes (UIPP) se montre prudente. Elle souhaite notamment « s'assurer de la solidité scientifique et de la représentativité de ces premiers résultats Ecophyto R&D ».

Elle « tient également à revenir sur l'objectif de réduction chiffré et arbitraire (-50 %, -25 % ou -20 %...) qui ne prend pas en compte par exemple la dépendance des activités agricoles aux conditions climatiques ». L'UIPP propose ainsi « de prendre rendez-vous en 2014 pour faire un point intermédiaire avant 2018 et étudier les conséquences d'une telle mesure sur la qualité des récoltes, les revenus agricoles et les prix des denrées ».

En outre, les industriels suggèrent « que les indicateurs d'utilisation des produits phytopharmaceutiques actuels, prévus dans le plan Ecophyto 2018, soient complétés par des indicateurs d'impact destinés à réduire les risques pour les utilisateurs et l'environnement ».

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