Vendredi 3 août au matin, Thierry Géant est en vacances. À Amuré, son salarié fait le tour des champs, comme d’habitude. Quand il arrive devant les enrouleurs, il découvre que ses machines, mais aussi les tuyaux en polyéthylène, ont été coupés à dix-neuf reprises au lapidaire.
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Vendredi 3 août au matin, Thierry Géant est en vacances. À Amuré, son salarié fait le tour des champs, comme d’habitude. Quand il arrive devant les enrouleurs, il découvre que ses machines, mais aussi les tuyaux en polyéthylène, ont été coupés à dix-neuf reprises au lapidaire.

L’ouvrier appelle immédiatement son patron. Puis il se rend chez Thierry Boudaud, voisin et président de la Coopérative de l’eau, où il fond en larmes. À mille kilomètres de là, Thierry Géant découvre les dégâts sur son portable.

©T. Géant

Après tous les efforts réalisés sur son exploitation pour économiser de l’eau, il est profondément choqué de la violence de cet acte de vandalisme. Pour lui, c’est en rapport avec le projet de retenue d’eau de la Sèvre Niortaise.

« C’est nous qui portons le projet, explique-t-il. Et c’est nous qui avons été ciblés. » Une médiation est en cours, avec les exploitants, les services de l’état, et les associations. « Il y a déjà eu deux réunions, rappelle Thierry Boudaud, le projet avance. »

Un exploitant touché dans son développement

Tout le matériel d’irrigation est hors-service. « J’ai du mal à comprendre les actes de ces personnes », confie Thierry Géant qui produit du maïs, mais aussi des fourrages. « Je vais devoir abandonner la luzerne que je fais pousser pour un voisin. Il n’y aura pas de deuxième coupe. »

Matériel d’irrigation sur l’exploitation de Thierry Géant ©T.Géant

Depuis le 1er mai, les 83 ha de cultures irriguées de Thierry Géant sont convertis en agriculture biologique. Thierry aimerait produire plus de fourrages pour les éleveurs, tout en adaptant son assolement afin de consommer moins d’eau et d’intrants.

« Je veux m’orienter vers les légumineuses, qui sont pour la plupart des cultures de printemps peu gourmandes en azote, explique-t-il. En irriguant, et en mettant en place des rotations, on peut espérer faire des rendements corrects. »

Le matériel était assuré contre le vandalisme. « Avec les tensions locales, je le sentais venir. » Les appareils, bien que fonctionnels, étaient cependant vétustes. « Si je récupère la moitié du prix, estime-t-il, ça sera déjà bien ».

Pertes de rendement, mais surtout de confiance

Pour le reste de la campagne, les champs seront arrosés avec un seul enrouleur. « Je vais perdre une coupe de luzerne, et des quintaux de maïs, poursuit-il. On est en restriction d’eau la journée, et la machine ne fournira pas la nuit. »

Le tour d’eau sera allongé à deux semaines, avec des chutes de rendement inévitables dans le contexte caniculaire de l’été. Un autre collègue à un kilomètre de là a subi les mêmes dommages. « On a la trouille, avoue Thierry. Comme je ne suis pas prêt à dormir dans les champs, j’hésite à racheter du matériel. »

Engagement local sur la question de l’eau

En concertation avec l’établissement public du marais poitevin (EPMP), qui gère le bassin de la Sèvre, les exploitants de la région vont pourtant déjà au-delà des exigences des autorités sur l’eau. « On avait décidé la semaine précédente d’arrêter l’irrigation pendant quatre jours, explique Thierry Boudaud, pour adapter le prélèvement et préserver l’indicateur piézométrique. »

« On sait bien que la ressource est fragile, souligne Thierry Géant. Et on fait des efforts, mais derrière on se fait massacrer. ». Volontairement, les agriculteurs avaient décidé de reprendre l’irrigation en volume réduit. La DDT et l’EPMP les avaient félicités pour leur initiative.

Parce qu’ils ont tendu la main à leurs détracteurs, ce vandalisme n’en est que plus choquant. Sous ces chaleurs, l’irrigation n’est pas un caprice mais une nécessité pour préserver les revenus agricoles.

Ivan Logvenoff