Dans son communiqué, la Commission exprime des craintes vis-à-vis de trois secteurs : les produits phytosanitaires, les semences et les caractères agronomiques (1). Elle redoute « à titre préliminaire que le projet d’acquisition ne réduise la concurrence sur un certain nombre de marchés différents et n’entraîne une hausse des prix, une baisse de la qualité, une réduction du choix et un recul de l’innovation ».

En collaboration avec d’autres pays

Face à ces préoccupations, « Bayer et Monsanto ont présenté des engagements [le 31 juillet 2017 à la Commission. Cette dernière a] toutefois estimé que ces engagements ne suffisaient pas à dissiper clairement ses doutes sérieux quant à la compatibilité de l’opération avec le règlement de l’Union européenne sur les concentrations. Elle n’a dès lors pas consulté les acteurs du marché à leur sujet. »

Le rapprochement lui ayant été notifié le 30 juin 2017, la Commission dispose de 90 jours ouvrables, jusqu’au 8 janvier 2018, pour arrêter une décision. Elle dit coopérer avec d’autres autorités de concurrence, notamment américaine, australienne, brésilienne, canadienne et sud-africaine. L’ouverture d’une enquête approfondie ne préjuge pas de l’issue de la procédure.

Les herbicides non sélectifs à la loupe

Dans le secteur des produits phytosanitaires, Bruxelles rappelle que Monsanto détient le glyphosate, « l’herbicide non sélectif le plus vendu en Europe », tandis que Bayer « produit du glufosinate d’ammonium, qui est aussi un herbicide non sélectif et constitue l’un des rares substituts du glyphosate ».

La Commission prévient aussi qu’elle « évaluera de manière approfondie aussi bien les activités de Monsanto portant sur des pesticides biologiques qui viendraient concurrencer le portefeuille existant de Bayer dans le domaine des pesticides chimiques, que le chevauchement des activités concernant les produits de lutte contre le varroa. »

Le colza et le blé sous surveillance

Dans le domaine des semences, Bruxelles estime que Bayer et Monsanto « sont toutes deux actives dans le domaine de la sélection de semences potagères. Il ressort de l’enquête initiale […] que les parties détiennent des parts de marché cumulées élevées sur un certain nombre de ces marchés de semences potagères et que certains de leurs produits sont en concurrence directe. »

Dans le secteur des grandes cultures, ce sont les activités de Bayer et Monsato sur le colza et le blé qui sont dans le collimateur de la Commission. « Monsanto est le principal acteur sur le marché des semences de colza en Europe. Bayer, premier semencier de colza au niveau mondial, compte parmi le petit nombre d’acteurs capables de mener une concurrence intense sur ce marché. »

La tolérance aux herbicides sur le gril

Enfin, concernant les caractères agronomiques, « Monsanto occupe une position dominante sur plusieurs marchés de caractères agronomiques dans le monde entier. Bayer est l’un des rares concurrents de Monsanto sur certains marchés de caractères agronomiques et a notamment élaboré des caractères de tolérance aux herbicides pouvant se substituer à ceux de Monsanto. »

« L’enquête de la Commission visera notamment à déterminer si l’opération est susceptible d’entraîner une réduction de la concurrence sur ces marchés, compte tenu des liens qui existent, par le jeu des licences réciproques et des coopérations en matière de recherche et développement, entre les rares concurrents présents au niveau mondial. »

(1) Un caractère est une caractéristique d’une plante, telle que sa hauteur, sa tolérance aux herbicides et sa résistance aux insectes ou aux maladies, qui peut être élaborée en laboratoire et introduite dans certaines variétés de plantes.