La mission parlementaire chargée d’évaluer le plan de sortie du glyphosate, et dont le rapport doit être présenté à la presse mercredi prochain, le 13 novembre 2019, estime « inconscient d’attendre le 31 décembre 2020 » pour savoir « quelles situations culturales » devront obligatoirement cesser d’utiliser l’herbicide le 1er janvier 2021 et lesquelles pourront bénéficier d’un délai.

Préciser le calendrier au plus vite

La « mission d’information sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate », dirigée par les députés Jean-Luc Fugit (LREM) et Jean-Baptiste Moreau (LREM), demande que l’Inra et les instituts techniques agricoles précisent « au plus tard en juin 2020 » les situations « qui ne pourront supporter un arrêt du glyphosate le 1er janvier 2021 sans menacer la survie de l’exploitation ni son environnement ».

« Il est crucial que le gouvernement clarifie son message à l’égard des agriculteurs, en premier lieu à l’égard de ceux qui seront soumis à l’interdiction du glyphosate dès le 1er janvier 2021 », ajoute le rapport en soulignant que la « transition » aura un « coût substantiel ».

Des charges en plus

Davantage de main-d’œuvre (12,7 millions d’euros supplémentaires), trois ou quatre fois plus de carburant (87 millions d’euros), des investissements en matériels et d’autres produits : la suppression de cet herbicide alourdira les charges de 50 à 150 euros l’hectare, selon le rapport. Les coûts de production du blé augmenteraient de 10 €/t. Les techniques alternatives de désherbage émettraient aussi 226 000 tonnes de dioxyde de carbone supplémentaires, selon l’AGPB (1) citée dans le rapport.

La suppression du glyphosate alourdira les charges de 50 à 150 euros l’hectare

Les députés pointent plusieurs cas où la seule alternative au glyphosate est de détruire les mauvaises herbes à la main, ce qu’ils qualifient « d’impasse » tant les investissements en main-d’œuvre seraient intenables. Le rapport signale le cas des cultures en pente (vignes…) difficiles à mécaniser, ou des « zones intermédiaires » sur des sols difficiles à travailler et peu productifs. Selon Arvalis, cité dans le rapport, « l’interdiction du glyphosate déstabiliserait ces exploitations concernées au point de menacer leur survie ».

Le cas le plus « sensible » porte sur les exploitations pratiquant l’agriculture de conservation des sols, sans labour. Ce type d’agriculture vise à lutter contre l’érosion et la dégradation des sols nus en augmentant la durée des couvertures végétales, ce qui permet d’absorber plus de carbone de l’atmosphère. En l’absence de labour, il nécessite l’usage ponctuel d’un herbicide chaque automne pour nettoyer les parcelles avant le semis.

Plusieurs impasses

Troisième impasse : les cultures destinées à des marchés spécifiques qui leur imposent des cahiers des charges très contraignants, comme la production de semences, de lin textile et celle de légumes frais et de conserve cultivés en plein champ (203 560 hectares). Enfin, le rapport propose la création d’une « plateforme nationale d’enregistrement des produits phytopharmaceutiques » pour centraliser aussi bien les achats de pesticides que leur utilisation.

Pour le député Matthieu Orphelin, un proche de Nicolas Hulot, ce rapport « montre que, à seulement un peu plus d’un an de la première échéance, la dynamique n’est pas suffisamment enclenchée ». Dans un communiqué diffusé dimanche soir, il déplore qu’il soit « impossible de suivre l’évolution de l’utilisation du glyphosate : même l’état des lieux en 2018 de la consommation de glyphosate par filière n’a pas été possible ». Il plaide pour « quand c’est justifié, de(s) soutiens techniques et financiers nouveaux pour les agriculteurs s’engageant dans la sortie du glyphosate ».

AFP

(1) association générale des producteurs de céréales.