Il lui fallait une majorité qualifiée, la Commission européenne l’a obtenue. Dix-huit pays, représentant plus des 65 % de la population de l’Union européenne, ont voté ce 27 novembre 2017 en faveur de sa proposition. Le glyphosate est donc réautorisé pour une période de cinq ans.

L’Allemagne change d’avis

Neuf s’y sont opposés et un pays s’est abstenu, ce qui a permis d’atteindre la majorité qualifiée requise, contrairement à un premier vote au début de novembre. L’Allemagne, qui s’était abstenue au début de novembre, a cette fois voté en faveur de la proposition.

Berlin a demandé des modifications au texte en lien avec des restrictions sur l’usage privé du glyphosate et le respect de la biodiversité, selon une source proche du dossier. Ce changement de position a contribué à faire pencher la balance en faveur d’une nouvelle autorisation.

Satisfaction à la Commission

« Le vote d’aujourd’hui montre que quand nous voulons, nous pouvons partager et accepter notre responsabilité collective dans la prise de décision », a réagi le commissaire européen à la Santé, Vytenis Andriukaitis, cité dans un communiqué.

La Commission va maintenant adopter une décision avant que l’autorisation actuelle n’expire le 15 décembre. Si le vote en appel de lundi avait aussi enregistré une impasse, c’est l’exécutif européen qui aurait dû trancher.

« Au plus tard dans trois ans » en France

Si Stéphane Travert se dit « heureux » qu’un accord ait été trouvé, Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de Nicolas Hulot, réaffirme que la « France reste déterminée à sortir du glyphosate en moins de cinq ans ». Sur Twitter, elle assure que « malgré le vote à Bruxelles, la France reste déterminée à sortir du glyphosate en moins de cinq ans. Nous travaillons de concert avec tous les acteurs pour trouver des alternatives crédibles. »

Emmanuel Macron est venu soutenir les propos de la secrétaire d’état, affirmant sur Twitter, qu’il a « demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans ».

Des solutions, pas des interdictions

La FNSEA salue le « pragmatisme » de l’Union européenne, « après des mois d’incertitudes, d’hésitations, de postures idéologiques, laissant les agriculteurs français et européens dans l’expectative car chacun sait bien qu’il faut du temps pour trouver des alternatives crédibles ».

Le syndicat dit « déplorer » que la France ait choisi de faire « bande à part » et prône des « solutions » et non des « interdictions brutales ». Il rappelle les efforts faits par la profession afin de « réduire les usages, les risques et les impacts des produits phytosanitaires ».

La Coordination rurale rappelle de son côté que « cette période [de cinq ans] doit être consacrée à la clarification du classement toxicologique du glyphosate, à une révision éventuelle de ses conditions d’utilisation et à la mise au point de solutions alternatives concernant le désherbage total. Il n’y a pas de temps à perdre pour identifier des pratiques qui nous permettront de réduire la chimie dans toutes nos interventions comme nous le réalisons au quotidien depuis de nombreuses années. »

Pour le Copa-Cogeca, cette réautorisation du glyphosate pour cinq ans est une défaite. Le glyphosate « aurait dû être réautorisé pendant quinze ans après avoir reçu une évaluation positive à la fois de l’Autorité européenne de sécurité des aliments et de l’Agence européenne des produits chimiques », déclare Pekka Pesonen, son secrétaire général, avant de rappeler « l’énorme importance » du glyphosate pour les agriculteurs européens.

Les ONG scandalisées

L’Union européenne, en autorisant pour cinq ans de plus le glyphosate, a « balayé le principe de précaution et la santé du revers de la main », dénoncent Générations Futures, Foodwatch et la Ligue contre le cancer, « scandalisées » et appelant le gouvernement français à agir de son côté.

« Le gouvernement doit maintenant mener le pays vers une sortie du glyphosate, en accompagnant les agriculteurs, comme il s’y est engagé et ce, indépendamment du verdict » européen, disent-elles encore.

A.M., avec l’AFP