Lors d’une conférence de presse le 3 mai 2016 à Paris, des ONG et acteurs du monde agricole et apicole ont appelé les sénateurs à entériner l’interdiction des néonicotinoïdes. Cette conférence de presse fait suite à l’ouverture ce jour des débats en commission de développement durable du Sénat, et en vue de la seconde lecture du projet de loi sur la biodiversité qui débutera le 10 mai.

Les alternatives aux néonicotinoïdes proposées par les conférenciers sont majoritairement agronomiques. Valentin Beauval, agriculteur en Anjou et membre de la Confédération paysanne, propose par exemple un semis des céréales précoce en automne pour limiter la transmission des virus par les pucerons, l’utilisation de variétés plus tolérantes, et une observation accrue des parcelles, appuyée par la lecture du Bulletin de santé du végétal.

D’autres insecticides pas exclus

Le recours à d’autres insecticides n’est cependant pas exclu. En effet, Gilles Lanio, apiculteur et président de l’Unaf (Union nationale des apiculteurs de France), précise qu’« utilisés à un moment intelligent et à une heure intelligente » au regard du climat et du rythme de vie des ruches, les pyréthrinoïdes causent moins de dommages aux abeilles que les néonicotinoïdes. Cela tient à l’effet « flash » des pyréthrinoïdes, que Gilles Lanio oppose « à la forte rémanence des néonicotinoïdes dans l’environnement. Du fait de cette forte rémanence, il faudra ajouter deux ans [après la date d’interdiction] pour qu’il y ait un impact sur les pollinisateurs ».

Le sénateur du Morbihan, Joël Labbé (EELV) a précisé que la date d’interdiction devait être précédée d’une période de transition, afin que les professionnels du milieu agricole, tant agriculteurs que semenciers et distributeurs, puissent s’y préparer.

L’AGPB toujours contre l’interdiction

Faisant suite à cette conférence de presse, l’AGPB (Association générale des producteurs de blé) a rétorqué que les solutions alternatives étaient « théoriques », confirmant ses positions. « Ces propos relèvent soit de l’ignorance, soit de la tromperie. Ils ne peuvent faire illusion. Une interdiction des néonicotinoïdes, mesure que ne préconisent aucunement les autorités sanitaires française et européenne, fera régresser les performances de nos exploitations céréalières, pénalisera les industries dont l’activité est liée aux niveaux des récoltes et donnera un mauvais signal aux pays dont l’approvisionnement en céréales dépend en bonne partie de la France, ceux d’outre-Méditerranée en particulier. Elle créera en outre une nouvelle distorsion de concurrence avec nos homologues européens. »

« Les solutions alternatives vantées par les partisans de l’interdiction des néonicotinoïdes sont en effet théoriques. Leur mise en œuvre peut être empêchée, par les conditions climatiques notamment. Leur efficacité dépend elle aussi des conditions climatiques, ainsi que de la nature et de l’intensité des attaques des ravageurs à combattre. Enfin, elles conduisent souvent à substituer des traitements répétés par pulvérisation à un traitement préventif unique par enrobage des semences. »

Ana Cassigneul