« Les importations de soja déstructurent toute l’agriculture européenne. » Nicolas Jaquet, le président de l’Organisation des producteurs de grains (Coordination rurale) ne mâche pas ses mots dans la lettre ouverte qu’il adresse à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, ce 7 août 2018.

Une Europe déficitaire en protéines

Pour lui pas de doutes, « les surfaces que nous devrions consacrer aux oléoprotéagineux et aux plantes fourragères protéiques sont, par défaut, cultivées en blé. Résultat, l’Union européenne est devenue artificiellement excédentaire en blé alors qu’elle est globalement déficitaire dans le secteur des grains. Pour écouler ce blé, nous devons le vendre à bas prix sur le marché mondial. »

Dans cette lettre ouverte, le président de l’OPG rebondit sur l’accord entre l’Union européenne et les États-Unis concernant les importations européennes de soja. Une mesure qui n’améliorera pas l’autonomie protéique de l’Union européenne remontant à « l’accord de Blair House de 1993, préalable à la capitulation européenne aux accords de Marrakech. »

« Les cultures d’oléoprotéagineux représentent moins de 20 % de la surface des grandes cultures de l’Union européenne alors qu’aux États-Unis ce taux est de près de 40 % et en Argentine ou au Brésil de plus de 60 %. Cette amplitude de différences est anormale sur les plans agronomique et stratégique, elle est un symptôme révélateur des dégâts produits par le libre-échange. »

Une source de distorsions

Le syndicat rappelle aussi que le soja importé ne répond pas aux contraintes imposées aux agriculteurs européens : des variétés OGM interdite de culture sur notre sol, des assolements qui ne respecte pas l’obligation de présence d’un minimum de 3 espèces de cultures arables annuelles différentes…

« Vous n’ignorez pas que ces importations de soja découragent les agriculteurs européens à développer des cultures protéiques sous forme de fourrages ou de grains et qu’ensuite vous les condamnez au titre du verdissement parce qu’ils n’ont pas des cultures assez diversifiées ! C’est la double peine que vous infligez à nos paysans ! »