Dès qu’elle l’estime nécessaire, la fédération des producteurs de légumes, Légumes de France, encourage les producteurs à se rendre dans les supermarchés pour scruter le rayon des produits frais. « On les appelle nos visites courtoises, explique Bruno Vila, secrétaire général la fédération. On regarde les origines, les niveaux de prix. »
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Dès qu’elle l’estime nécessaire, la fédération des producteurs de légumes, Légumes de France, encourage les producteurs à se rendre dans les supermarchés pour scruter le rayon des produits frais. « On les appelle nos visites courtoises, explique Bruno Vila, secrétaire général la fédération. On regarde les origines, les niveaux de prix. »

Tournée dans les magasins

Les producteurs vont alors dans les grandes surfaces les plus proches avec leurs carnets et leurs stylos, et, après leur tour, rencontrent le responsable du rayon ou du magasin pour signaler les problèmes. « Il faut qu’ils sachent que nous sommes passés, et que nous avons observé le niveau de prix pratiqué ». Les magasins sont avertis avant la visite.

Dans le communiqué publié le 7 août 2018 après ces visites, la fédération observe que les magasins Auchan « n’hésitent pas, en pleine région de production, à placer des tomates polonaises en tête de gondole ». Avec des écarts de prix allant de trois à quatre par rapport au prix d’achat, et une origine France pour seulement une tomate sur deux.

Carton rouge pour l’Intermarché de Nîmes

La tomate ronde est achetée aux producteurs entre 50 et 60 centimes du kilo. En magasin, elle dépasse souvent les 2 €/kg, selon Légumes de France. « En cette saison, nos prix sont très bas, rappelle Bruno Vila. Pour favoriser l’écoulement, et assurer une dynamique, les prix dans les rayons doivent être cohérents ». Une hausse des ventes permettrait alors aux producteurs de renégocier leurs prix.

À l’Intermarché de Nîmes, la tomate grappe, à 2,99 €/kg, atteint même six fois le prix aux producteurs. « Il y a la place pour tout le monde si on accepte de mieux répartir la marge », déclare le secrétaire général. Pour Légumes de France, les marges actuelles de la grande distribution s’établiraient entre 35 et 40 % sur les produits frais.

« Si on continue comme ça, dénonce Bruno Vila, dans dix ans il n’y a plus de production française ». Pour l’organisation, 20 ou 30 centimes supplémentaires suffiraient à améliorer la situation des producteurs.

Combat à armes inégales

La moitié des tomates cerise sont d’importation. « On a les volumes, estime Bruno Vila. C’est triste de voir que ces produits de segmentation sont aussi peu représentés dans les rayons. » Ce type de produit requiert beaucoup de main-d’œuvre, et les producteurs ont du mal à être compétitifs en termes de prix, qui reste le seul critère de la grande distribution.

Conscient de l’importance de la qualité pour valoriser leur production, les maraîchers français essayent depuis quelques années déjà de répondre aux attentes des consommateurs. « On prend des risques, on investit, mais les intermédiaires ne jouent pas le jeu ». Les producteurs ont même développé depuis l’an dernier un label garantissant l’absence de résidus de produits phytosanitaires.

« En France, un salarié coûte 12 € par heure, indique Bruno Vila. Au Maroc la journée entière de travail ne coûte 7 €. » Et en Espagne, « beaucoup plus de produits phytosanitaires sont homologués pour la tomate et le melon. » Aux Pays-Bas et en Belgique, c’est la production d’énergie qui permet de proposer des légumes cultivés sous serre à bas prix.

Les acheteurs ne rétribuent ni l’organisation ni la qualité

Cinq groupes de producteurs représentent 60 % du volume de la tomate française : Rougeline dans le Sud, Océane à Nantes, Solarenn à Rennes, Savéol à Brest, Prince de Bretagne à Paimpol-Simpol. « On est l’une des filières les plus organisées dans le secteur des fruits et légumes, estime Bruno Vila. Mais la situation n’en est pas meilleure. »

Les ventes de tomates sont réalisées de gré à gré. Chaque jour, les commerciaux de la grande distribution ou des grossistes appellent les producteurs et leur proposent un prix de marché. « On aimerait des contractualisations plus importantes, confie Bruno Vila. Mais nos clients ne sont pas motivés par ce type d’engagement. » Actuellement, le moins cher remporte le marché.

Si la distribution doit faire quelques efforts, les consommateurs ont également une part de responsabilité. Pour Légumes de France, il est l’heure de transformer les bonnes intentions en actes. « Quand le consommateur sort du magasin, souligne Bruno Vila, c’est toujours le produit le moins cher qui se retrouve dans son panier ».

Ivan Logvenoff