Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et Stéphane Travert ont présenté le 9 août 2017 en Conseil des ministres, leurs axes d’actions sur la gestion quantitative de l’eau. Rappelant la « situation hydrologique préoccupante » qui sévit actuellement en France, le Gouvernement entend « apporter des solutions pour résorber durablement les situations de tension hydrique et associer pleinement les territoires à la politique de gestion de l’eau. »

Les ministres mettent en avant deux objectifs :

  1. Sobriété des usages et régulation de la ressource

    Encourager la sobriété des usages et réguler en amont la ressource, grâce notamment à l’irrigation passe, selon le Gouvernement, par le développement d’une « agriculture plus économe en eau et multiperformante, notamment grâce au choix des assolements ». Le plan vise aussi à progresser encore, via l’innovation, dans l’efficience de l’irrigation en réduisant les pertes dans les réseaux, en pilotant les apports d’eau, en s’appuyant sur la sélection génétique…

    Mais l’annonce la plus forte concerne le stockage de l’eau puisque les ministres appuient la réalisation « là où c’est utile et durable, des projets de stockage hivernal de l’eau afin d’éviter les prélèvements en période sèche lorsque l’eau est rare ». Cela traduit la volonté du Gouvernement d’utiliser les pluies hivernales pour protéger les ressources en été grâce à la création de réserves, tout en apportant une simplification administrative dans l’étude des dossiers.

    Le Gouvernement souhaite par ailleurs favoriser la réutilisation des eaux usées traitées « quand cela est pertinent ».

  2. S’adapter aux besoins et aux contextes locaux

    Le Gouvernement appelle aussi les préfets coordonnateurs de bassin à « dynamiser les projets de territoires, qui permettent une concertation, avec l’ensemble des partenaires, sur les besoins locaux en eau ».

    Autre nouveauté : la mise en place d’une « cellule d’expertise » « afin de dénouer les éventuelles difficultés rencontrées dans la gestion de la ressource en eau en agriculture ». Cette cellule sera placée sous l’autorité conjointe des ministres de la Transition écologique et de l’Agriculture.

    « D’ici le 31 octobre, la cellule d’expertise examinera les cas de tous les projets de territoires en cours afin de déterminer s’il est possible d’accélérer leur réalisation, et rendra compte aux ministres des conséquences à tirer de cet exercice », précise le communiqué.

    Par ailleurs, un deuxième Plan national d’adaptation au changement climatique devrait être élaboré d’ici fin 2017 « pour mieux adapter les actions aux conséquences locales du changement climatique ».

Réactions

Le plan présenté aujourd’hui ne concerne pas que l’agriculture puisque pour encourager la sobriété des usages, il demande un engagement des citoyens, des entreprises, des administrations et des services publics dans des démarches d’économies d’eau. Un point jugé positif par Éric Frétillère, président d’Irrigants de France. « Quand on parle des aspects quantitatifs de l’eau on ne cible en général que l’agriculture. Là tous les usages de l’eau sont concernés », se félicite-t-il.

La volonté affichée par les ministres de la Transition écologique et de l’Agriculture de relancer les projets de territoire pour favoriser la création de réserves, est également perçue positivement par le président d’Irrigants de France qui ressent « une volonté d’avancer vite ». Il espère que les irrigants seront associés aux réflexions et qu’il n’y aura pas de « dogmatisme » concernant par exemple le choix des cultures dans les assolements. Il se félicite également de la possibilité évoquée dans le plan de réutiliser les eaux usées traitées.

« Cette solution peut être intéressante mais il faut faire attention à la qualité de l’eau envoyée dans les champs », nuance Jean-Claude Bévillard de France Nature Environnement. Selon lui ce plan ne fait qu’effleurer les choses et il appelle à un « débat national sur l’eau pour définir des orientations nationales fortes. Le Président de la République semble donner une orientation vers le développement de l’irrigation, développe Jean-Claude Bévillard. Si c’est ça, cela va entraîner des conflits assez forts. On semble s’orienter vers la création de retenues. Pour nous il s’agit d’un clignotant orange : réduire les délais administratifs pour la mise en place des projets pourquoi pas, mais il faut en amont faire des études d’impact avant de décider si le projet de retenue est acceptable. »

Pour lui, cela demande un « état des lieux fin de la situation hydrologique dans les bassins avec tous les acteurs autour de la table pour les décisions opérationnelles. La question est aussi de savoir comment conditionner la création de nouvelles retenues à des pratiques agricoles économes. »

I.E.