Oui, les activités agricoles ont eu un impact sur la crue de janvier 2018, mais de manière négligeable. Ce qui n’est pas le cas du phénomène d’artificialisation des sols. C’est le message qu’a voulu faire passer l’Académie d’agriculture de France dans un communiqué diffusé ce 9 février 2018.

Les académiciens se mobilisent

« Près de 50 membres de l’Académie d’agriculture de France ayant échangé entre eux par courriels sur ces sujets du 27 janvier au 5 février, il nous a semblé utile d’établir une synthèse de leurs analyses et réactions », indique Guillaume Benoit, membre de l’académie et signataire du document.

L’une des conclusions des membres de l’académie met les choses à plat. « Les meilleurs sols de limon du Bassin parisien n’ont une capacité de charge que de 200 mm alors que sur les deux mois de décembre 2017 et de janvier 2018, le cumul moyen des pluies s’est élevé à 282 mm. » Ainsi, les sols n’auraient pas pu absorber l’ensemble des précipitations, quelles que soient les pratiques agricoles.

Un impact de quelques millimètres

Un autre constat vient dédouaner l’agriculture. « Selon un rapport produit après les crues de 2016, la baisse d’infiltration sur le bassin de la Seine n’a représenté que l’équivalent de un à trois mm de pluie », indique l’Académie d’agriculture à propos du tassement des sols par les machines. Un à trois mm ramené aux 282 mm de pluie ne représente qu’une quantité infime.

Les membres de l’académie mettent également l’accent sur les deux variables à l’origine des inondations. Il s’agit de l’aléa et de la vulnérabilité. L’aléa est qualifié de « constante dans notre histoire » par les académiciens et dépend de la quantité des précipitations. Ils mettent par contre en cause la vulnérabilité « résultant du développement continu de l’urbanisation dans des zones inondables autrefois à vocation essentiellement agricole ». Ils précisent qu’« aujourd’hui en Île-de-France, plus de 90 % des zones inondables sont urbanisées et 3,2 millions de Franciliens seraient impactés par une crue du type de 1910 ».

Les agriculteurs n’ont pas à être boucs émissaires

Sur le sol en lui-même, l’Académie d’agriculture rappelle que des pratiques issues de l’agriculture de conservation des sols ne cessent de progresser. « Le drainage, parfois décrié, est pourtant un levier important de progrès dans les terres hydromorphes : il permet une exploration en profondeur du sol par les racines et limite l’encroûtement de surface », défend-elle également.

Dans ce document, les académiciens prennent également position contre le rôle de « boucs émissaires » attribué aux agriculteurs. « C’est bien commode pour se dédouaner des compromissions, d’un urbanisme anarchique et de la perte de mémoire concernant les événements passés, mais cela n’est ni juste ni pertinent. »

T.D.